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des Kadjars. Il avait antérieurement pris part à ne rencontrant plus d'obstacle, monta solenneldiverses expéditions entreprises par Agha Mo-lement sur le trône dans sa capitale de Tehran, hammed, et s'était souvent associé à ses actes: on lui reproche même de s'être rendu complice d'un fratricide commis sur la personne de Djafar-Kouli-Khân, dans le palais de Tehrân, où résidait Mohammed.

et, bientôt après son avénement, il étendit sa domination sur la province de Khoraçân, qui néanmoins ne fut jamais entièrement soumise. Feth-Ali se proposait de venger les exactions des Wehhâbis et de punir le pacha de Bagdad Baba-Khân gouvernait le Farsistan à l'époque de la faveur qu'il accordait à ces fanatiques secoù son oncle fut assassiné. Szâdik Khân, chef taires, lorsque le prince George, fils d'Héraclius de la tribu kurde des Chékkâkis, qui avait été | (Irakli) II (voy. GÉORGIE), se plaça sous le prol'instigateur de ce crime, se fit proclamer châh tectorat de la Russie. Feth-Ali-Châh porta aussipar une partie de la troupe qu'il commandait; tòt ses armes vers la Géorgie et chargea son fils HouceÏn-Kouli-Khân, frère de Baba et gouver- Abbas Mirza, héritier présomptif de la couneur de Moughân, voulut de son côté s'emparer ronne, du commandement des troupes persanes, de Tehrân; mais le gouverneur lui en interdit qui éprouvèrent plusieurs échecs dans cette l'entrée. Baba se hâta d'arriver dans cette capi- | guerre commencée en 1803. tale, où il fut proclamé châh par les grands du royaume, et envoya bientôt après une armée contre le Chekkâki Szâdik-Khân, qui, à la suite de plusieurs succès qu'il avait obtenus, s'était❘ avancé jusqu'aux environs de Kazwin. Défait près de cette ville, Szâdik vint implorer la clé mence de Feth-Ali et lui remit tous les trésors d'Agha-Mohammed, qu'il avait enlevés en quittant l'armée. Le roi l'accueillit avec une feinte bonté; mais il saisit avec empressement la première occasion qui se présenta pour se défaire de ce dangereux compétiteur, qu'il condamna à mourir de faim, en faisant murer les portes et les fenêtres de la maison qu'il habitait.

Le frère de Feth-Ali, gracié après sa première tentative et nommé gouverneur de Chirâz, profita de sa nouvelle position pour relever l'étendard de la révolte. Les deux frères rivaux, à la tête de leurs troupes respectives, allaient en venir aux mains dans les plaines de Kalamrow, lorsque leur mère parvint, par ses généreux efforts, à éteindre ces discordes intestines. Bientôt après, le châh investit encore le perfide Houcein du gouvernement de Kachân; mais ce khân rebelle, oubliant pour la troisième fois le généreux pardon qui lui avait été itérativement accordé, s'empara d'Ispahân, frappa cette antique capitale d'une contribution des plus onéreuses, et y leva un corps de 30,000 hommes. Il ne tarda cependant pas à être fait prisonnier à Koum, et fut amené à son frère, qui lui fit crever les yeux. Sa mort suivit de près ce cruel supplice.

Un autre compétiteur de Baba-Khân avait été déclaré roi à Ispahân : c'était le prince kurde Mohammed-Khân, fils de Zéki-Khân, descendant de la dynastie déchue des Zends. Ce souverain éphémère disparut à la suite de deux combats dont l'issue lui avait été funeste. Feth-Ali Chah,

En 1805, Napoléon chargea son envoyé, M. Amédée Jaubert, d'offrir au châh l'alliance et la protection de l'empire français contre la Russie, en l'engageant à continuer la guerre. Deux années plus tard, le général Gardanne fut officiellement nommé ambassadeur de France en Perse, et s'occupa, de concert avec les officiers attachés à son ambassade, de discipliner à l'européenne les troupes du monarque kadjar. Les Persans firent des progrès assez rapides dans notre tactique militaire, et construisirent leur première forteresse moderne sous la direction du colonel du génie Lamy. Le châh, de son côté, envoya à Napoléon les prétendus sabres de Tamerlan et de Nådir-Châh, avec un magnifique exemplaire manuscrit de ses poésies. Mais la paix de Tilsitt avait dans l'intervalle rallié les deux empereurs l'Angleterre, de son côté, se rapprocha de la Perse, et envoya au châh un ambassadeur qui continua l'œuvre des Français, mais qui ne put jamais parer les sanglantes défaites de l'armée persane.

La campagne de 1812 porta la Russie à accepter la médiation de l'Angleterre, pour contracter avec la Perse, moyennant l'intervention du célèbre sir Gor Ouseley, un traité de paix qui fut signé à Gulistân (dans la province de Karabâgh), le 12 octobre 1813 (roy. GULISTAN). Le châh y renonça à toutes ses prétentions sur les provinces occupées par les Russes. Feth- Ali, dont les fils, depuis 10 ans, commandaient seuls l'armée, enleva en personne au roi de Kaboul la province de Hérât, contre laquelle son fils aîné venait d'échouer. Elle échappa de nouveau à sa domination, et la mésintelligence survenue entre deux de ses fils entrava en 1818 la reprise de ce territoire.

La mort inopinée de Mohammed-Ali, fils aîné du châh, en 1820, mit fin à ses prétentions au

funeste sort, nonobstant les généreux efforts de l'un des fils du châh. Le voyage que fit à Saint-Pétersbourg (en 1829) un des fils de l'héritier présomptif du trône de Perse', chargé d'implorer l'oubli de cette violation manifeste du droit des gens, prévint une nouvelle collision, et l'empereur Nicolas, sensible à cette | démarche du jeune prince, n'exigea point d'autre réparation.

trône promis à son frère puîné, et prévint les funestes désordres qui se seraient vraisemblablement rallumés au décès de leur père. En 1821, la Perse déclara la guerre à la Sublime Porte, et les hostilités se terminèrent au bout de deux ans, pour un traité conclu le 25 juillet 1823, en vertu duquel le châh restitua tout le territoire conquis par ses troupes, à la condition expresse que les pèlerins persans seraient traités avec des égards particuliers par les sujets ottomans. Abbas-Mirza étant mort en 1834 à son retour La paix avec les puissances européennes sem- d'une expédition contre Hérât, qu'il venait enblait cimentée pour de longues années, lorsque core de soumettre, le vieux roi Feth-Ali déclara la mort de l'empereur Alexandre et l'émeute héritier du trône Mohammed - Mirza, fils aîné militaire qui éclata à l'avénement de son frère, d'Abbâs, et mourut le 22 novembre de la même mais qui fut aussitôt réprimée par l'énergique | année, laissant une nombreuse famille. Mohamfermeté du nouveau souverain, firent concevoir med, qui à cette époque résidait à Tébriz, fut au monarque persan le chimérique espoir de immédiatement reconnu par les ambassadeurs reconquérir les places qu'il avait perdues dans de Russie et d'Angleterre; mais cinq ou six comles guerres antérieures. L'empereur Nicolas en- | pétiteurs, oncles du prince désigné par la vovoya à Tehrân le prince Menchtchikof, son lonté suprême de Feth-Ali, se firent proclamer, aide de camp, pour procéder à la délimitation l'un à Tehrân, l'autre à Chirâz, un troisième à des deux empires. Cet envoyé extraordinaire, Kermânchâh, etc. Le ministre d'Angleterre fit, ayant été accueilli avec une bienveillance simu- au nom de son gouvernement, un prêt d'environ lée, se vit bientôt obligé de quitter Tehrân; on 20,000 livres sterling à Mohammed qui, grâce à lui enleva ses papiers et on le retint même pen- ce secours pécuniaire, se vit à même de mardant quelque temps à Érivân. La guerre ne tarda cher sur Tehrân, où il fut installé sans aucune pas à éclater, et les Russes, pris à l'impro- résistance. Sulthân-Selly, son principal compéviste, essuyèrent un léger échec qui bientôt titeur, fut forcé de chercher un asile dans la après fut vengé à Ghendja ou Iéliçavetpol par le capitale de l'empire ottoman, où il séjourne degénéral Paskévitch, à qui cette victoire valut le puis quelque temps. commandement suprême des troupes russes. Etchmiadzine, résidence du patriarche arménien, ainsi que Nakhitchevân, tombèrent au pouvoir des vainqueurs, et Abbâs-Mirza faillit | personnellement être pris par les dragons russes à la bataille de Djiuwan Boulâk. Les forteresses de Abbas-Abad, Serdar-Abâd, Érivân et Tébriz ou Tavriz, furent successivement emportées par les troupes russes; enfin Abbâs-Mirza, à l'effet de prévenir de nouveaux désastres, si vit forcé de signer, le 10 février 1828, au village de Tourkmantchâï (voy.), le traité de paix négocié au nom de leur souverain par les plénipotentiaires russes Paskévitch et Obreskof. L'Araxe devint dès lors la frontière naturelle des deux États, et la Perse s'engagea en outre à payer, à titre d'indemnité de guerre, une somme de 20 millions de roubles. Dans ce traité, comme dans le précédent, le prince Abbâs-Mirza fut reconnu seul héritier légitime du trône de l'Irân. Cependant un événement malheureux fut sur le point de rompre cette nouvelle alliance. M. Griboïédof, ministre de Russie près la cour de Tehran, y périt victime d'une émeute populaire, et la plus grande partie de sa suite partagea son

Feth-Ali-Châh régna 57 à 38 ans. Il aimait les lettres, qu'il se plut à protéger et qu'il cultiva lui-même avec succès. Il se montra toujours ferme dans son administration, souvent géné reux et clément, mais parfois aussi cruel et avide d'argent. Il gardait à sa cour tous les chefs qu'il présumait exercer quelque influence sur leurs provinces, les menaçant de faire retomber sur leur tête les malheurs et les désordres qui pourraient y éclater. Doux et affable envers les étrangers, ami du faste comme le sont tous les Orientaux, Feth-Ali prenait plaisir à se montrer tout resplendissant de pierreries; sa longue et belle barbe, qu'il teignait avec le plus grand soin, contribuait en quelque sorte à le faire vénérer de ses sujets. F. CHARMOY.

FÉTICHISME. Le fétichisme est le dernier degré de l'idolâtrie; c'est l'adoration des choses où l'action divine se manifeste le moins, tel qu'un morceau de bois brut ou de pierre. Les choses considérées comme des dieux ou comme des habitations de forces divines spéciales s'appellent fetiches, du portugais fetisso, qui signiCe fut Khosrew-Mirza, septième fils de Abbas-Mirza, et non ce prince lui-même.

fie chose enchantée, charme. C'est le nom que les Portugais donnèrent aux idoles des nègres de la côte du Sénégal, nom dont la racine est peut-être fatum, destin, et sans doute la même que celle du mot fée (voy.).

D'où vient le fétichisme? De deux choses, si nous ne nous trompons : 1o de l'idée indéterminée, très naturelle et par conséquent universelle, d'une puissance inconnue hors de nous qui se manifeste partout. Mais cette idée n'est point ainsi à l'état abstrait dans l'esprit des adorateurs des fétiches; au contraire, ces hommes, ayant en général une très faible raison, ne pouvant appliquer cette idée d'une manière large aux grands phénomènes de la nature, se rabattent paresseusement sur les petits objets faciles à saisir, à contempler, à s'approprier. La seconde raison du fétichisme est donc la faiblesse intellectuelle. Tout ce qui environne l'homme ignorant est pour lui un sujet de mystères, de prodiges, de vertus inconnues. Supposez l'imagination d'un homme fait, mais igno- | rant, avec la faiblesse de la raison d'un enfant, et vous aurez tout ce qu'il faut pour expliquer le fétichisme; car il manque peu de chose à l'enfant pour adorer des fétiches. Le sauvage, n'étant qu'un grand enfant, doit donc être expliqué par la tendance et la faiblesse intellectuelle que nous trouvons dans celui-ci. Tout ayant une vertu divine aux yeux de cette superstition puérile, tout peut servir de fétiche. De plus, un fétiche a telle vertu, un autre telle autre, et ainsi de suite; et comme il y en a un nombre infini de même espèce, on conçoit que leurs adorateurs les changent, les vendent, les quittent, les jettent et les reprennent. Puis, ces dieux n'ayant rien de terrible, se laissant transporter et placer partout où l'on veut, on finit par prendre, à certains égards, de très-grandes familiarités avec eux, au point qu'on ne les regarde plus que comme des puissances qui savent et peuvent plus que nous sous certains rapports, mais qui ne laissent pas que de nous être assujetties sous d'autres. De là les promesses, les menaces, les récompenses et les châtiments que les adorateurs de fétiches se permettent quelquefois envers ces dieux. Cependant l'imagination ne serait pas assez frappée, et le culte du fétiche pas assez vif, si quelques cérémonies extérieures ne s'ajoutaient au choix du fétiche pour le consaerer et lui imprimer un caractère plus sensiblement religieux. Aussi le fétichisme, qui a ses prêtres comme tout autre culte, après avoir fait choix de l'objet de son adoration, le fait bénir par des prêtres.

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On voit qu'il y a un grand rapport entre les fétiches et les amulettes, ou les talismans, et tous les autres objets sacrés inventés par la superstition. Toutes ces erreurs de culte sont sœurs les unes des autres, et l'idolâtrie la plus grossière a nécessairement sa ressemblance avec la plus séduisante et la plus grande par son objet. Toutes prennent le fini pour l'infini, l'œuvre pour l'ouvrier; toutes, à dire vrai, sont à une égale distance de Dieu, puisque les œuvres les plus grandes n'ont pas plus coûté à sa toutepuissance que les plus petites. Aussi n'y a-t-il point de ligne de démarcation rigoureuse entre le fétichisme et l'idolâtrie, si ce n'est peut-être que le fétichisme n'adore point l'homme déifié. Mais alors ce culte s'entendrait de l'adoration de toutes les espèces de produits de la nature, et même des œuvres de l'homme. Comment s'expliquer cette singulière exclusion? Par deux raisons, ce nous semble: la première, c'est que les sauvages ont peu de héros ; la seconde, c'est qu'ils connaissent assez l'homme pour être sûrs de sa faiblesse, et beaucoup trop peu la nature pour ne pas être frappés de son obscurité mystérieuse. L'imagination fait le reste on sait qu'elle n'est jamais plus à son aise que dans l'obscurité la plus complète.

Le fétichisme ainsi entendu largement peut donc aller jusqu'à l'adoration du soleil (voy. SABÉISME). On distingue en outre le fétiche national, le fétiche domestique et même le fétiche personnel. Souvent on en a plusieurs de la même espèce. Si c'est un animal, le fétichiste ne mange jamais de la chair de cet animal: ce serait un crime de le tuer. Des commerçants racontent qu'un prince voisin de la côte ne voulut jamais venir avec eux sur leurs vaisseaux pour y trafiquer, parce que la mer était son fétiche, et que son respect pour elle allait jusqu'à n'oser la regarder. La croyance était répandue dans cette contrée que quiconque verrait son dieu mourrait sur-le-champ.

On peut, pour plus de détail, consulter sur cette matière, l'ouvrage anonyme intitulé: Du culte des dieux fétiches ou Parallèle de l'ancienne religion de l'Égypte avec la religion actuelle de Nigritie, 1 vol. in-12, 1760, sans indication du lieu de l'impression. Il est attribué au président de Brosses. Jh TISSOT.

FÉTIS (FRANÇOIS-JOSEPH), maître de chapelle de S. M. le roi des Belges et directeur du Conservatoire royal de musique à Bruxelles, est né le 25 mars 1784, à Mons (en Hainaut), où son père était organiste et professeur de musique. Il apprit les éléments de cet art sous la direction 7

de son père, et alla en 1800 à Paris, pour se perfectionner dans le Conservatoire de cette capitale, où il obtint les leçons du célèbre Bofeldieu. A cette époque il s'était établi une lutte animée entre les partisans de l'ancienne école de Rameau et l'école nouvelle d'harmonie dont Catel fut le chef. Cette lutte fut pour M. Fétis un motif de sérieuses études. En 1803 il entreprit un long voyage qui lui fournit l'occasion de s'initier à la connaissance de la musique allemande et de la musique italienne, et surtout de se familiariser avec les productions religieuses et profanes des anciens maîtres classiques de ces deux nations. De retour à Paris, il commença | les laborieuses et savantes recherches sur l'histoire de la musique, dont il a fait l'objet principal de son activité.

Pendant trente-six ans il se livra à ces travaux avec une assiduité et une ardeur infatigables, auxquels on doit déjà plusieurs publications qui sont du plus grand intérêt pour l'histoire de cette branche de l'art.

Un riche mariage qu'il fit en 1806 lui permit de se consacrer exclusivement à ces études. Mais un revers inattendu de fortune l'engagea en 1811 à quitter Paris et à se retirer dans une des parties les plus solitaires du département des Ardennes. Après y avoir passé deux ans dans une retraite absolue, il fut nommé en 1813 organiste de l'église Saint-Pierre à Douai et professeur à l'école de musique de cette ville. Sa nouvelle position lui fournit en même temps l'occasion d'étudier d'une manière plus spéciale les diverses méthodes d'enseignement, et lui inspira l'idée d'écrire les ouvrages, devenus si populaires depuis, que nous devons à ce savant. Retourne à Paris en 1818, il fut nommé professeur au Conservatoire. En 1827, il fonda dans cette capitale la Revue musicale, publication qui, sous le rapport de la critique et de la science,¦ obtint bientôt une réputation classique. Pendant près de huit ans il rédigea presque seul ce journal, qui contribua efficacement à la propagation du goût musical en France et à faire connaître dans ce pays les productions de l'art étranger, surtout de l'art allemand. Plusieurs, ouvrages théoriques qu'il publia dans cet intervalle servirent à étendre sa réputation. Parmi ceux-là il faut compter son Traite de contrepoint et de fugue, et particulièrement la Musique mise à la portée de tout le monde, qui a été réimprimé plusieurs fois et dont le succès a été immense. N'oublions pas de citer son Mémoire sur les services rendus à l'art musical par les maîtres flamands et hollandais du xive, du

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xve et du XVIe siècle. Ce travail fut couronné par l'Institut des Pays-Bas, et il fut le prélude d'un vaste ouvrage, intitulé Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique (Bruxelles, 1855-1844,8 vol. in-8°). Pendant qu'il s'occupait de ces études, M. Fétis conçut l'ingénieuse idée de démontrer par des exemples le développpement de l'art musical, et il organisa à cet effet ces concerts historiques, dans lesquels il fit exécuter les principaux morceaux de musique vocale et instrumentale du XVIe et du XVIIe siècle, et qui obtinrent un si grand succès non-seulement en France et en Belgique, mais encore en Angleterre et en Allemagne. Enfin, en 1832, il donna à Paris des lectures publiques sur la philosophie et sur l'histoire de la musique, lectures pleines d'intérêt et suivies par un nombreux auditoire.

L'année suivante, la réorganisation du Conservatoire royal de musique, à Bruxelles, douna au gouvernement belge l'occasion de rappeler dans sa patrie ce savant distingué, et de le charger de la direction de cet établissement, dont l'orchestre peut être regardé aujourd'hui comme un des meilleurs qu'il y ait en Europe.

Nous ne pouvons énumérer les nombreux articles de critique musicale que M. Fétis a déposés dans les journaux les plus accrédités du continent. Ces articles formeraient à eux seuls plusieurs volumes. Quand on considère toutes les publications sorties de sa plume et que l'on tient compte des vastes et laborieuses recherches dont elles sont le fruit, on peut difficilement s'imaginer qu'un seul homme ait pu suffire à tant de travaux. Mais ce n'est pas exclusivement à l'étude de la théorie et de l'histoire de la musique que M. Fétis s'est consacré, on lui doit aussi un assez grand nombre de compositions, plusieurs symphonies, des messes, des cantates et sept opéras, qui sont : l'Amant et le mari, les Sœurs jumelles, Marie Stuart en Écosse, le Bourgeois de Rheims, la Vielle, le Mannequin de Bergame, et Phidias (en manuscrit). Son traité d'harmonie, publié en 1844, le place au nombre des savants les plus versés dans la théorie de son art. V. H.

FEU. On désigne par ce mot le phénomène qui se produit chaque fois que la chaleur et la lumière se manifestent simultanément à nos sens. Les anciens physiciens désignaient généralement par ce même mot la cause du phénomène que nous venons de décrire, mais il n'est plus usité dans cette dernière acception et se trouve remplacé par le mot calorique ( voy.). Le feu, pour les anciens, était un élément;

pour un grand nombre de physiciens modernes, c'est encore un corps, mais un corps qui ne saurait être ni pesé, ni mesuré, ni enfermé, manquant ainsi des qualités dont l'ensemble constitue surtout la matière, ce qui a fait dire que c'est un corps impondérable, incoercible; et comme le feu est doué d'une grande mobilité, qu'il pénètre tous les corps sans exception, on lui a donné le nom de fluide, préférable à celui de corps, et on l'a définitivement et généralement désigné par les mots de fluide impondérable, mais en restant toujours ignorant sur sa véritable nature.

Plusieurs savants distingués nient sa maté rialité. A leur tête, sir Humphry Davy prétend que les phénomènes qu'on dit produits par le feu ou le calorique doivent être rapportés à un mouvement vibratoire et intestin des molécules de la matière; que ces molécules se meuvent avec d'autant plus de vélocité que les corps sont plus chauds, et qu'elles se meuvent alors dans de plus grands espaces, puisque ces corps sont dilatés. Il prétend ensuite que, dans les liquides et les fluides élastiques, outre ce mouvement vibratoire qui est plus rapide dans ces derniers corps, les molécules sont aussi animées d'un mouvement autour de leurs propres axes.

quantité de calorique existait dans le métal luimême; car toutes les précautions avaient été prises pour que la masse de bronze et le foret ne reçussent de calorique d'aucun des corps environnants. La poussière métallique ne devait plus contenir de calorique, puisque tout en avait été extrait; alors il eût été nécessaire, pour l'échauffer avec la masse dont elle avait été séparée, de lui appliquer, en plus, un nombre de degrés de chaleur égal à celui qu'on avait extrait; mais Rumfort s'assura par l'expérience qu'elle n'avait ni plus ni moins de capacité calorique qu'avant l'expérience.

Il est évident que, dans le système de l'émission ou de la matérialité du calorique, il faut admettre ce fait puisqu'il existe; mais il demeure inexplicable, tandis que dans le système des vibrations il est on ne peut plus aisé à concevoir.

En effet, le mouvement de rotation du foret fait vibrer les molécules métalliques; cette vibration ne saurait avoir lieu sans se communiquer à l'éther qui réside dans la masse métallique, d'où, se communiquant de proche en proche, elle a donné lieu à cette énorme production de chaleur. Il est important de noter que, dans une expérience du genre de celle de Rumfort, plus le mouvement imprimé au foret était accéléré, plus les vibrations étaient rapides, plus aussi la chaleur produite était intense: il devait en être ainsi, puisque le plus ou moins d'intensité de la chaleur dépend du plus ou moins de rapidité du mouvement vibratoire.

la forme de rayons, avec la plus étonnante vélocité, ou, répandus dans l'espace, ils sont animés dans certaines circonstances de mouvements

Les partisans de la matérialité du feu disent qu'il est émis par les corps en ignition (du | latin ignis, feu); mais on doit au comte de Rumfort, qui était très-partisan du système des vibrations, une expérience qui paraît coneluante contre le système de la matérialité du Jusqu'à la fin de 1835, c'était une opinion de feu. Il dirigea un foret à tête ronde vers un cy-plus en plus accréditée que le calorique et la lulindre de bronze, du poids de 113 livres, et, mière étaient d'une nature tout à fait identique. exerçant sur ce foret une pression équivalente Ils ont du moins de grands points de ressemà 100 quintaux, il lui fit faire sur son axe 32 ré-blance. L'un et l'autre franchissent l'espace sous volutions par minute. Après deux heures et de mie d'action soutenue, il avait réduit en poudre 4145 grains de bronze, et pendant ce temps il s'était dégagé une assez grande quantité de cha-vibratoires infiniment rapides. Tous deux sont leur pour faire passer 26 livres et demie d'eau de 0 à 100o centigr. Rumfort, partant de ces données, trouva par le calcul qu'il eût fallu que l'action du foret durât dix-neuf jours, vingt et une heures et demie, pour que toute la masse de métal fût réduite en poudre, et que dans cet espace de temps il se serait développé assez de calorique pour élever de 0 à 100 centigr. 5078 livres d'eau ; que cette même quantité de calorique eût suffi (résultat bien curieux ) pour faire fondre une masse de bronze seize fois plus considérable que celles qui servait à l'expérience.

Dans le système de l'émission, cette énorme

réfractés par les corps transparents et réfléchis par les surfaces polies. Leurs molécules sont animées de forces répulsives semblables. Ni l'un ni l'autre ne saurait être pesé ni renfermé. Mais on peut objecter à cela qu'ils affectent nos sens d'une manière différente qu'au calorique nous devons la sensation de la chaleur, à la lumière celle de la vision; qu'il y a fréquemment production de la lumière sans développement de chaleur. Ainsi la lune, les aurores boréales, certaines étoiles, donnent beaucoup de lumière, sans que cette lumière, concentrée par des lentilles, produise aucune élévation de température.

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