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répétition.» (Voyez les titres du D. et du C. de condictione indebiti.)

par erreur,

Art. 1377. « Lorsqu'une personne qui, se croyait débitrice, a acquitté une dette, elle a le droit de répétition contre le créancier; néanmoins ce droit cesse dans le cas où le créancier a supprimé son titre par suite du paiement, sauf le recours de celui qui a payé contre le véritable débiteur. »

La loi 44, D. hic, dit: Nulla repetitio est ab eo qui suum recepit. Mais cela doit s'entendre lorsque celui qui a payé l'a fait

au nom du débiteur. Il en est autrement

lorsqu'il se croyait débiteur lui-même. (L. 18, § 6, D. hic. Voyez la glose sur la loi 4.) Quant à la seconde partie de l'article, elle est fondée sur l'équité, qui ne permet pas que le créancier soit dupe de la faute du payant.

Art. 1378. « S'il y a eu mauvaise foi de la part de celui qui a reçu, il est tenu de restituer, tant le principal que les intérêts ou les fruits, du jour du paiement. » (S'il n'y a pas de mauvaise foi, celui qui a reçu ne doit les intérêts ou les fruits que depuis la demande. (L. 1, C. hic.)

Art. 1379. « Si la chose induement reçue est un immeuble, ou un meuble corporel, celui qui l'a reçue s'oblige à la restituer en nature, si elle existe, ou sa valeur, si elle est périe ou détériorée par sa faute; il est même garant de sa perte par cas fortuit, s'il l'a reçue de mauvaise foi. »>

Art. 1380. « Si celui qui a reçu de bonne foi a vendu la chose, il ne doit restituer que le prix de la vente. » Si res quæ condicitur, modico distracta sit, sine fraude, hoc solum venit in condictionem, quod ex pretiò habuit. (L. 26, § 12, D. hìc.)

Art. 1381. « Celui auquel la chose est restituée doit tenir compte, même au possesseur de mauvaise foi, de toutes les dépenses nécessaires et utiles qui ont été faites pour la conservation de la chose. » C'est la règle introduite par l'équité, même envers le possesseur de mauvaise foi. (L. 38, D. de petit. hæred.)

4. DOUBLE INTELLIGENCE.

(Droit des gens. Morale.)

d'un homme qui fait semblant de trahir son parti, pour attirer dans le piége ou l'ennemi, ou celui dont il médite artificieusement la ruine. C'est une trahison et un métier infàme quand on le fait de propes délibéré et en s'offrant le premier; dans les affaires de particulier à particulier, c'est le dernier degré de la bassesse, de la làcheté, de la perfidie, de la perversité. Dans les affaires politiques on en pense autrement. Qu'un officier, un commandant de place, par exemple, soit sollicité par l'enDemi, il peut légitimement, en certaines occasions et non dans toutes, feindre de prêter l'oreille à la séduction, quand il ne s'agit que d'attirer le suborneur et de le prendre dans ses propres filets; car ce suborneur lui fait outrage en tentant sa fidélité, en le croyant capable de trahison. Il se venge donc justement en le faisant tomber dans le piége qui lui était préparé. Par cette conduite, loin de manquer à la foi des promesses, il sauve sa patrie du danger que la perfidie lui apprête; il oppose à l'agresseur les mêmes armes dont il se sert pour l'attaquer; et, sans doute, ce genre de défense loin d'être flétrissant, ne présente rien qui ne soit légitime. C'est dans ce sens qu'un officier supérieur voyant qu'on tente la fidélité de ses officiers ou soldats, ne balance jamais à les autoriser à feindre de se laisser gagner, pour mieux repousser contre l'ennemi l'effet de sa propre trahison.

Mais, dans le droit privé, qu'il serait lâche et méprisable celui qui ne surprendrait notre confiance par les démonstrations de la plus touchante amitié, que pour en abuser avec plus de perfidie contre nous! Voyez Duplicité.

5. DOUBLE LIEN. (Droit privé.)

Tome 7, page 227.
Voyez Successions collatérales.

DOUCEUR. (Morale.)

La douceur est cette heureuse disposition de l'esprit et du cœur, qui nous rend modérés dans les injures que nous recevons, patiens dans les torts que nous endurons,

On appelle intelligence double, celle tranquilles dans les maux que nous souf

frous. Elle se manifeste dans les discours, par la circonspection avec laquelle nous parlons; dans tous les mouvemens, par la prudence qui les accompagne. Elle est opposée à l'irritation, à la colère, à l'emportement, au courroux, à la violence. Elle porte à la bienveillance universelle et à la charité chrétienne, qu'elle nourrit, entretient et accompagne. Enfin, elle sert à régler toutes les passions tumultueuses et irascibles de l'ame. On peut dire que la douceur est la vertu du sage, et qu'elle devrait faire le caractère du vrai philosophe, comme celui du jurisconsulte et de l'orateur. La douceur fut le caractère de Socrate; elle brilla dans toute la conduite du rédempteur

des hommes.

Celui qui manque de douceur est irritable dès qu'on le contredit, lorsqu'on l'offense, qu'on le blesse, lorsqu'on contrarie quelqu'une de ses passions, ou qu'on lui fait tort. I manifeste alors son irritation par des gestes brusques, un ton de voix aigre, des paroles dures ou injurieuses, ou des actes de violence. L'irritation est un mouvement subit, qui marque l'impatience de l'ame; la colère est un mouvement plus durable, qui produit la haine ou qui en est accompagnée; l'emportement montre plus de violence et d'aigreur; le courroux exprime plus de hauteur ou d'orgueil, et

tous ces mouvemens sont contraires à la

douceur, et la douceur les réprime tous. Trois traits essentiels caractérisent done un homme doux : il ne se fàche pas aisément, jamais pour des riens ou des petits sujets; il souffre avec patience quelques torts réels; il est capable d'endurer avec tranquillité les maux et les injures. Il trouve plus de satisfaction à vaincre ses premiers mouvemens qu'à s'y livrer; sa patience n'est ni faiblesse ni lâcheté, ni insensibilité; c'est le fruit de ses réflexions et de ses efforts; il a rendu son esprit flexible et accommodant, pour être plus tranquille et devenir heureux; il a rempli son cœur de modestie et d'humilité, pour éviter tout démêlé avec les autres. Autant qu'il est possible, il envisage tout du bon côté ; jamais il ne forme de prétentions qui ne soient raisonnables; et jamais l'orgueil n'enfanta en lui des plaintes et des mécontentemens contre les

autres.

Vous reconnaissez l'homme doux à un autre trait c'est que provoqué ouvertement, il sait réprimer les premiers mouvemens; il les contient dans les bornes de la modération; jamais vous n'appercevez dans ses discours ni dans sa conduite aucune violence. S'il est forcé de montrer ou son indignation ou son mécontentement, il n'y il n'y a rien qui sente l'emportement; vous le verrez toujours maître de lui-même et dirigé par la modération.

Enfin l'homme doux qui n'est pas facilement irritable, est aussi aisément placable; comme il est lent à se mettre en colère, il est prompt à pardonner; il sait prévenir et ramener ceux avec qui il a des démêlés. Il n'a garde de perpétuer les querelles et de prolonger les divisions en conservant des ressentimens.

Tel est le caractère de l'homme doux, caractère infiniment avantageux pour le bonheur sur la terre. Ce serait une erreur de s'imaginer que par cette douceur on s'attirera des torts et de nouvelles offenses, qu'on s'exposera à la continuation ou à la réitération des injures. Quelque corrompus, quelque méchans que soient les hommes avec lesquels nous sommes appelés à vivre, il est peu de cas où nous ne puissions les ramener, les adoucir les forcer à reconnaître leurs torts par la douceur. Par une conduite opposée, au contraire, on perpétue les querelles, on les envenime, on multiplie les offenses mutuelles on met obstacle à toute réconciliation.

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La douceur nous rend sociables et aimables, même aux hommes les plus grossiers, les plus brusques et les plus violens. Par là on se fait chérir de tous ceux avec qui l'on est destiné à vivre; on entretient la concorde dans la société domestique; dans la société civile, dans la société religieuse. L'homme doux, sous la protection des lois et des magistrats, est bien rarement exposé à des violences et à des embarras, qu'essuie si souvent celui qui n'est pas maître de ses mouvemens, de ses discours, de ses démarches. Comme il est bien éloigné d'offenser les autres, il arrive rarement qu'on l'injurie, qu'on l'offense ou qu'on lui fasse tort; et s'il s'y trouve exposé, il est plus rare encore que son caractère ne lui attire pas des défenseurs. Dans

les

les affaires les plus compliquées, la douceur lui fait trouver des tempéramens pour terminer ou prévenir les difficultés; il vit en paix sur la terre, dans sa famille et dans la société. Enfin il jouit de ce calme de l'esprit, de cette sérénité d'ame, de ce contentement intérieur, qui fait le bien le plus solide de l'homme ici bas. Il est satisfait de lui-même, et il sait que s'il a des rivaux, il n'a point d'ennemis.

Ce caractère doit être nécessairement celui du jurisconsulte, et jamais il ne peut mieux convenir qu'à celui qui se destine au barreau.

DOUTE. (Morale. Jurisprudence.)

Ce mot se prend en deux sens, qui ne diffèrent qu'en ce que le premier, plus étendu, désigne un état involontaire de Pame; et que le second, plus resserré offre cet état, comme dépendant en quelque

sorte de notre volonté.

Dans le premier, on nomme doute l'état de l'entendement qui, ne connaissant pas la vérité d'une proposition qu'il examine, ou le rapport des idées qu'il compare, sent qu'il ne peut pas prononcer sur cette vérité, sur ce rapport, avec certitude de ne pas juger contre ce qui est.

Une ignorance absolue des raisons qui peuvent établir ou détruire la vérité de la proposition offerte à notre examen, ou la connaissance des raisons également fortes pour et contre la vérité de ce que la proposition exprime, sont deux causes qui produisent le mêine effet, et laissent éga

lement l'ame dans le doute.

Il ne faut pas confondre le doute avec l'ignorance celle-ci est la cause du doute, en tant que nous connaissons et que nous sentons que notre incertitude vient de ce que nous ignorons, et sans la connaissance de quoi il nous est impossible de voir ce qui est, de savoir si la proposition est vraie, et quelle décision nous devons prononcer pour ne dire que ce qui est.

Mais l'ignorance, qui est le manque total d'idées, n'est pas le doute ce que nous ne connaissons en aucune manière, n'est pour nous l'objet ni du doute ni de la certitude. Pour douter, il faut au moins

Tome XIII.

avoir l'idée de deux partis entre lesquels il faudrait décider, et qui ne peuvent pas être vrais en même temps.

و

Le doute suppose encore le dessein, la volonté de prononcer conformément à la vérité, et un certain degré d'examen des partis connus, entre lesquels on voudrait choisir. Dire, je doute, c'est dire: je voudrais savoir ce qui est vrai sur un tel sujet; mais je ne connais pas assez ce qui le concerne pour savoir si j'en dois affirmer ou nier telle chose. Ainsi, supposant que celui qui doute n'ait jamais entendu parler d'un peuple d'Amazones, il n'en a nulle idée; les Amazones ne sont point pour lui un objet de doute; il est à leur égard dans un état d'ignorance absolue. Qu'il en lise l'histoire daus Diodore de Sicile, ou dans Hérodote, et que, sans examen, il l'admette comme véritable, sur la parole de ces auteurs, nulle raison contraire ne s'offre à son esprit pour la rejeter comme fausse. Dans ce cas encore, l'histoire des Amazones n'est point pour lui un objet de doute, mais un auteur la lui raconte en lui disant: Quelques personnes croient et rapportent qu'il y a eu des Amazones, d'autres disent qu'il n'y a jamais eu une telle nation, sans lui détailler aucune raison pour ou contre son existence, il ne sait alors qu'en croire; il est dans le doute, parce qu'il ne connaît nullement la raison qui favorise ou qui peut détruire la vérité de cette histoire.

Le doute finit là où commence la certitude, quelle que soit l'espèce de certitude que nous ayons atteinte.

Le doute est un état dont l'ame est consciente; on ne saurait être dans le doute sans le savoir; c'est un second trait par lequel il diffère de l'ignorance. Celle-ci n'offre nulle idée à l'esprit, qui peut ne pas savoir qu'il est des choses qu'il pour rait connaître et qu'il ne connaît pas; au lieu dans le doute, l'ame a la perception des objets qu'elle compare, des rapports qu'elle cherche entre eux, et de l'ignorance où elle est sur leur existence réelle. Elle sent que pour sortir du doute et atteindre la certitude, il faudrait qu'elle eût des connaissances qui lui manquent et qu'elle cherche à acquérir. Manquant de

que

4

ces connaissances, l'ame ne juge point de
la vérité de la proposition qu'elle examine,
ou des rapports qu'elle cherche entre les
idées qu'elle compare; elle n'en juge point
parce qu'elle ne peut pas en juger; car
juger, c'est voir ce qu'on cherche, c'est
sentir l'on connait telle ou telle chose,
que
de telle ou telle manière : or celui qui doute
sent qu'il ne voit pas ce qu'il faudrait qu'il
vit; qu'il ne connaît pas ce qu'il faudrait
qu'il connût pour appercevoir la vérité
qu'il cherche.

Si l'on y fait bien attention, on appercevra que le doute n'est donc point un jugement de l'ame sur l'objet qu'elle cherche à connaître ; mais qu'il est, à parler exactement, un jugement de l'ame sur son état propre relativement à ces objets, sur le dgré de connaissances qu'elle en a, et sur l'impossibilité qu'avec ses connaissanses, elle puisse avec certitude savoir la vérité.

Il est une autre espèce de doute qui dépend, à divers égards, de notre volonté : cette espèce est l'effet de l'amour du vrai et de la crainte de l'erreur, dont la prudence et l'amour de notre perfection nous font fuir le danger; ce doute est l'opposé du préjugé, c'est-à-dire de la prévention qui s'établit en nous sans avoir été déterminée par aucun motif suffisant.

Tout état de doute plonge l'ame dans un état de gêne dont elle cherche à sortir. Faite pour connaître, son desir naturel est de savoir; mais savoir, ce n'est pas seulement avoir des idées vagues et décousues des choses; c'est se les représenter telles qu'elles sont. Or douter, c'est sentir, c'est juger que l'on ne sait pas avec certitude ce que sont les choses. Du desir de connaître naissent les efforts pour nous instruire. Mais l'étude approfondie, essentielle pour connaître le vrai avec certitude, est une occupation pénible, un travail gênant dont les fruits sont lents à se manifester. Notre paresse craint la peine, notre impatience hait les retards; l'une et l'autre se révoltent contre la nécessité de l'étude, contre l'obligation que la sagesse nous impose de tout approfondir, de ne voir que par nousmêmes, et de ne regarder comme vrai que ce qu'un examen attentif pous a montré comme tel.

Nos peines cessent du moment que nous croyons avoir vu la vérité; aussi voudrionsnous la saisir du premier coup d'œil, et comme l'on se persuade aisément ce que l'on desire, les premières lueurs nous trausportent, les plus légères apparences nous tiennent lieu de preuves; nous embrassons ces ombres comme la vérité même; nous tremblous que le prestige ne se détruise; nous allons jusqu'à éviter comme un écueil ce qui pourrait nous désabuser; nous nous attachons fortement à la première chimère qui se présente à notre esprit, pour nous sauver de l'état de doute, et pour nous épargner le travail qu'il faudrait entreprendre pour en sortir. Ainsi, pour l'ordinaire, nous examinons peu, ou même nous fuyons l'examen. Il est moins pénible de s'abandonner nonchalamment à la pente du préjugé, que de gravir laborieusement pour atteindre le sommet de la vérité.

La science la plus utile, la plus nécessaire, la plus recommandable pour le magistrat, pour le jurisconsulte, celle qu'ils doivent se faire un devoir d'acquérir d'abord, c'est le doute. Tout homme qui doute a déjà fait un grand pas vers la connaissance de la vérité. Douter, c'est contracter avec soi-même l'obligation d'examiner une proposition sous ses différens rapports, afin de ne regarder comme vrai que ce qui est réellement démontré tel aux yeux de notre entendement. Ayons donc toujours ce doute méthodique ou volontaire par lequel nous sommes portés à suspendre notre jugement ou du moins à conserver une modeste défiance' de sa justesse ; doute consiste à regarder comme pouvant être faux ce que nous avons cru d'abord être vrai, et à demeurer dans cet état de suspension jusqu'à ce que nous ayons vu distinctement et immédiatement par nousmêmes, les raisons qui en prouvent solidement la vérité par laquelle seule nous devons être entraînés vers une détermination.

ce

Nous avons vu combien facilement, par ignorance ou par paresse, nous admettons comme vraies des propositions que nous n'avons point examinées et qui peuvent être fausses; mais les sens ne nous trompent-ils pas quelquefois aussi ? L'autorité de

eux qui nous parlent ne peut-elle pas nous séduire? ne peuvent-ils pas s'être trompés eux-mêmes? et si, par quelque motif que nous ignorons, leur but est de nous en imposer, combien ne devons-nous pas craindre de nous en rapporter à la foi de leurs discours?

n'admettre comme vrai que ce qu'il aura distinctement connu comme tel.

Descartes, cet homme sage dont l'esprit philosophique voulait voir le vrai, dont l'ame forte était incapable de plier lâchement sous le joug du despotisme doctoral, qui ordonnait de croire au lieu

Nous pouvons raisonner mal, faute d'at d'employer les raisons pour persuader, qui

tention, et admettre comme vraies des conséquences fausses, comme certains des principes erronnés. Les plus sages des philosophes ont reconnu cette facilité avec laquelle nous tombons dans l'erreur, et nous portons de faux jugemens. Effrayés de la foule d'erreurs où ces préjugés di

vers

nous jettent, ils ont cherché à en tarir la source, ou à leur opposer une barrière efficace; ils n'ont point trouvé de moyen plus sûr que le doute, c'est-à-dire, un effort de l'esprit qui s'abstient de croire, ou qui suspend son jugement jusqu'à ce que l'on ait examiné attentivement ce qu'on nous propose, et fait usage de tous les moyens que nous avons de nous assurer de la vérité de ce qu'on nous enseigne ou de ce qui s'offre à nous; ils ont exigé qu'avant de regarder une proposition quelconque comme vraie, nous nous soyons mis en état de nous en prouver à nousmêmes la vérité, et de nous en rendre raison. Ces philosophes estimables furent d'autant plus encouragés à faire usage de et à le recommander à leurs disciples, que les dogmatistes s'arrogeaient plus d'autorité, et voulaient faire recevoir saus examen des doctrines de nature à inspirer de la défiance sur leur vérité, et qu'ils voulaient moins en permettre l'examen. Socrate, Platon, Aristote voulaient que l'on ne se rendit qu'à la vue de la vérité et à la force des preuves. Ce dernier, en particulier (3 Metaph., ch. 1), regarde

ce moyen,

cette sorte de doute comme étant de la plus grande utilité dans toutes les sciences. Il veut que, sur toute proposition, l'homme fasse la fonction de juge, qui écoute aussi bien les raisons pour que les raisons contre; il ne le reconnaît pas en droit de juger, ni pour lui-même ni pour les autres, tant qu'il n'a pas d'abord douté, regardé la proposition comme problématique, et en conséquence pesé les raisons qui l'appuient ou la combattent, avec la résolution de

voulait que l'on regardât ses décisions comme vraies, sans permettre d'y porter la lumière de l'examen et du raisonnement;

le célèbre Descartes voulut connaitre par lui-même, et connaître d'après le choc de la discussion. Environné d'erreurs, enveloppé sous le voile trompeur des fausses apparences, accablé sous le poids des préjuges, plein de défiance, le sceptique Desqu'il avait cru jusqu'alors sur la foi d'aucartes ne regarda rien comme vrai de ce trui, à moins qu'il ne se fût mis en état d'en juger par lui-même, et d'acquérir une certitude telle, qu'elle ne pût plus être obscurcie par aucun doute. Descartes disait que pour parvenir au vrai, il fallait commencer par douter de tout; qu'il fallait l'on verrait être vrai. tout examiner pour ne croire que ce que

La position la plus embarrassante pour un juge est celle du doute; mais loin qu'elle soit une preuve d'ignorance, nous voyons qu'elle est souvent le partage des magistrats les plus sages et les plus éclairés. On remarque tous les jours que ceux qui ont le moins d'expérience et de lumière, sont les plus hardis à trancher sur les difficultés les plus épineuses.

Il ne faut pourtant pas que le doute soit un obstacle perpétuel à une décision. Pour en sortir il y a des règles qui, sans être toujours infaillibles, sont au moins d'une grande sagesse et avec lesquelles il est toujours consolant de s'être trompé.

Ces règles seraient d'un détail infini si nous devions ici les parcourir. Nous ne supposons pas un doute fondé sur l'ignorance de la loi, de la jurisprudence et des principes du droit. Un doute pareil ne peut décemment se concilier avec les connaissances que doit avoir un magistrat ; mais nous voulons parler du doute qui naît d'une infinité d'idées opposées entre elles, sur des questions problématiques.

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