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elanges bibliographiques.

SOCIÉTÉ DU Roxburghe-club.

Le prix excessif auquel fut porté, à la vente de la bibliothèque du duc de Roxburghe, le Décaméron de Valdarfer (54, 240 f.) a donné naissance à une société de 31 bibliomanes anglais, qui prit le nom de Roxburghe-club. On se réunit tous les ans, le 17 juin, jour anniversaire de l'adjudication du Décaméron; au banquet on porte les toasts suivants :

1o A la cause de la bibliomanie dans le monde entier;
2o A l'immortelle mémoire de Christophe Valdarfer ;

3o A William Caxton, premier imprimeur en Angleterre';
4° A Wykyn de Worde;

5° A Richard Pynson;
6 A Julien Notary;
7° A William Faques;
8° A la famille des Manuces;

9o A la famille des Étiennes ;

10° A John, duc de Roxburghe.

que se

Chez les Anglois, qui sont nos maîtres en bibliomanie, comme en bien d'autres choses, la dénomination de bibliomane n'est point destinée, comme chez nous, à exprimer ce ridicule donnent beaucoup de personnes en se formant des bibliothèques par manie, par luxe, par vanité ou par ton. M. Constantin, dans son excellent traité spécial, qui deviendra le vade-mecum de tous les bibliophiles (1), a fort bien dit : « Le mot de bibliomanie, qui, autrefois, n'avoit qu'un sens défavorable, est maintenant chez eux (les Anglois) une qualification noble et honorable du goût des

(1) Bibliothéconomie. Instructions sur l'arrangement, la conservation et l'administration des bibliothèques, par L.-A. Constantin, avec six planches. Paris, Techener, 1839, in-12.

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livres, et le bibliophile anglois qui est parvenu à être publiquement nommé bibliomane se trouve heureux et considéré. »

Les Roxburghers ne bornent pas leur amour des livres à un banquet et à des toasts: annuellement chaque membre de ce club est tenu, à son tour, de faire réimprimer, à ses frais, quelque opuscale devenu extrêmement rare, et d'offrir un exemplaire de cette réimpression à chacun de ses confrères. Le nombre d'exemplaires ne doit pas excéder 31. Cet opuscule est distribué dans le célèbre banquet anniversaire du 17 juin.

(Voisin, Souvenirs de la bibliothèque des princes de Ligne, à Bel-OEil. In-8, 1839.)

CURIOSITÉ DE BEL-OEIL.

Il existe, dans la bibliothèque du prince de Ligne, à Bel-OEil, une curiosité bibliographique digne d'être mentionnée ici, et qui doit attirer l'attention des amateurs de livres singuliers. C'est un volume in-12, sur beau vélin, avec figures, qu'on soupçonne avoir été imprimé en Angleterre de 1485 à 1500. Son titre porte: Liber Passionis, cum figuris et caracteribus ex nullá materiâ compositis; les figures et les caractères du livre ne seroient donc formés d'aucune matière, et c'est cela pour que nous disons qu'on soupçonne qu'il a été imprimé en Angleterre à la fin du xv siècle.

Voici comment s'explique cette singulière inscription de titre : toutes les lettres du texte et tous les délinéamens des figures ont été délicatement découpés avec la pointe d'un canif. Chaque page, ainsi vidée, laisse apparoître ces lettres et ces figures à l'aide d'un papier bleu collé derrière le vélin. La netteté, le fini et la précision des découpures passent toute croyance : les vides sont plus purs que les caractères les plus beaux des Didot et des Bodoni.

L'intérieur du livre se compose de 24 feuillets, y compris neuf estampes. C'est un chef-d'œuvre de patience : le premier feuillet, qui sert de frontispice, est couvert d'H couronnées entremêlées de roses. C'est la marque du roi d'Angleterre, Henri VII, à qui l'ouvrage fut présenté. Le second feuillet contient les armoiries de ce monarque avec la devise: Hony soit qui mal y pense, et au-dessous son emblème favori : une rose entre deux herses. La Passion selon

saint Jean commence au 3e feuillet et continue jusqu'au 17o; les principaux mystères de la Passion occupent le reste de l'ouvrage.

L'empereur Rodolphe II voulut, dit-on, devenir possesseur de ce singulier monument de patience et d'adresse, et il en offrit inutilement jusqu'à 11,000 ducats. L'illustre maison de Ligne en devint propriétaire par une suite de successions détaillées dans les trois quatrains suivans écrits sur un feuillet de parchemin à la fin du volume:

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« La comtesse Isabeau d'Hochstrate et Culembourg «Tint ce chef-d'œuvre ancien entre son héritage;

Depuis sa chere niepce Anne de Rennebourg,

« Succédant à ses biens, eut se livre en partage.

<< Sa fille de Lalaing Marie l'hérita,

« De qui les quatre sœurs après le possédèrent,
<< Dont ma mère eut un quart qu'elle me transporta;
<< Les trois à ma faveur leur part me delaissèrent.

<< Or maintenant j'ordonne et commande à mon filz
«De le guarder soingneux comme une œuvre très-digne,
« Et qu'à mes successeurs tousiours de pere en filz,
« Ce livre soit au chef de ma maison de Ligne. »
Lamoral, prince de Ligne, 1609.

Charles, prince de Ligne, grand-père du possesseur actuel de la belle terre de Bel-OEïl, déposa de nouveau, le 15 décembre 1773, dans sa bibliothèque de famille, ce curieux petit monument, qui en étoit sorti on ne sait trop comment. Il repose aujourd'hui au milieu d'autres curiosités dont la bibliothèque de Bel-OEil est richement fournie, grâce à l'esprit éclairé du possesseur actuel, qui non-seulement sait conserver les livres réunis par ses ancêtres, et surtout par son illustre aïeul, mais augmente encore tous les jours, avec discernement et goût, la collection qui lui est échue.

A.-D.

NOUVELLES BIBLIOGRAPHIQUES.

Depuis quelque temps, il paraît à Tournay un journal de bibliographie intitulé le Bibliologue de la Belgique, dont l'idée est due au Bulletin du Bibliophile. Quatre numéros seulement sont parus, et contiennent des articles de bibliographie, littérature et critique. Ce recueil est publié sous la direction d'un homme savant et distingué, M. Fred. Hennebert, archiviste de Tournay.

A la fin de chaque numéro se trouve le catalogue de la librairie de MM. Hennebert frères, de Tournay, dans lequel nous remarquons assez souvent des livres rares et précieux.

Ce journal paroît tous les deux mois, par livraisons de 3 feuilles; le prix est de 6 fr. 50 c. Le Bibliologue s'échange contre les journaux quotidiens, recueils périodiques, et mémoires des sociétés savantes. On s'abonne à Tournay, chez MM. Hennebert frères, libraires, rue Saint-Piat, n. 8, et à Paris, au bureau du Bulletin du Bibliophile, place du Louvre, n. 12.

Il s'est formé, il y a peu de temps, en Angleterre, une Société à l'instar de la Société de l'Histoire de France, sous le titre de Cambden Society; elle a pour but la publication de tous les mémoires inédits, documents historiques, et anciens poëmes, relatifs à l'histoire ancienne, civile et religieuse de la Grande-Bretagne. Son premier objet est la publication des manuscrits; mais cependant elle n'exclut point la reproduction d'un ouvrage excessivement rare et d'une grande importance; nous extrayons quelquesuns des articles de ses statuts.

La souscription est d'une livre sterl., payable d'avance, et prise avant le 1er mars (1839).

L'administration est composée d'un président, d'un conseil composé de douze membres; d'un trésorier et d'un secrétaire, élus tous les ans, en assemblée générale, au 2 mai.

Le nom des membres proposés pour faire partie du conseil est transmis au secrétaire, et par lui envoyé à tous les autres membres.

Les fonds de la Société sont employés aux dépenses nécessaires à la publication des ouvrages qui lui paraissent de nature à intéresser le public.

Les comptes sont reçus, tous les ans, par trois censeurs, également élus en assemblée générale.

Tous les membres sont invités à contribuer, de tous leurs moyens, à la prospérité de la Société en lui donnant à publier leurs ouvrages, ou en faisant connoître ceux qu'elle publie

L'auteur d'un ouvrage publié par la Société en reçoit douze exemplaires, les autres membres deux. Le conseil décide seul à combien d'exemplaires doit être tiré l'ouvrage que l'on se propose de publier, et le prix auquel il doit être vendu.

Chaque publication de la Société forme un tout complet et séparé.

Voici la liste de quelques-uns des ouvrages déjà publiés :

A contemporary Alliterative Poem on the Deposition of King Richard II. from an unique MS. at Cambridge. With the Latin Poem on the same subject by Richard de Maydestone, from a MS. at Oxford.

A contemporary Narrative (in English) of the Arrival of Edward IV. in England, a. D. 1471, and his final recovery of the Kingdom from Henry VI.

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Kyng Johan," an English play in two Parts, by John Bale, Bishop of Ossory, probably written and acted in the reign of Edward VI., forming a connecting link, hitherto wanted, between Moralities and Historical Plays, from the Author's own MS. in the possession of the Duke of Devonshire.

Cette Société, qui compte parmi ses membres les hommes les plus éminents de l'Angleterre, et qui rivalise déjà de zèle avec la Société de l'Histoire de France de Paris, est destinée à imprimer un grand mouvement aux études historiques et littéraires dans la Grande-Bretagne.

J. H.

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