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» les taxer ; et le comité de salut public fut autorisé de leur arracher de force, en cas de refus, cette arbitraire imposition (1).

Mais ce brigandage, qui mettoit toutes les fortunes à la disposition des conjurés, ne parut pas suffisant aux nouveaux commissaires de la convention, accourus à leur aide; et la masse du peuple Lyonnois, trop mêlangée d'êtres indolens pour le crime, leur sembla incapable d'accomplir leurs desseins. Ces commissaires étoient; Dubois-Crancé, Albitte, Gauthier et Nioche, qui, de l'armée des Alpes, venoient déployer leurs funestes pouvoirs dans Lyon. Ils voulurent que, pour exécuter des massacres, on n'eût plus besoin de cette populace, trop molle pour le mal: et qu'un corps de quatre mille neuf cents assassins intrépides, sous le nom d'armée révolutionnaire, fût établi en permanence dans cette ville. Ils voulurent que, pour écarter les citoyens qui pourroient les gêner, on en fit sous la même dénomination, un second corps qu'on enverroit dans la Vendée. Ils voulurent, pour ne mettre dans l'un que des brigands, et dans l'autre que leurs ennemis, composer ces deux corps, non par en

(1) Arrête pris le 11 mai. H. et P., N°. LXXXIII. Tome I. Hist. de Lyon.

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rôlement volontaire de la part des individus ; mais par réquisition forcée, et par choix de la part des conjurés. Enfin, enchérissant sur les premiers attentats faits aux propriétés, ils voulurent que, pour ne point manquer des fonds dont leurs assassins enrégimentés pouvoient avoir besoin, on levât incontinent sur les citoyens aisés, un emprunt forcé de six millions.

Pour masquer, d'un air légal, ces effrayantes combinaisons, les commissaires résolurent de les faire adopter par les administrations et les tribunaux réunis. Ils les convoquerent pour cela, avec un insolent despotisme, à l'Hôtel-de-Ville, bien certains que la municipalité, son comité de salut public, le tribunal civil et quelques membres, soit du tribunal criminel, soit du département et du district, appuyeroient ces tyranniques dispositions. La proposition qu'en firent Dubois-Crancé et Albitte dans cette assemblée générale, le 13 mai, excita les soulevemens des autres membres de ces trois derniers corps. Le procureur-généralsyndic du département, Meynis, qui parla contre elles avec plus de logique et plus de vigueur, n'eut pour réplique que les injures grossieres et les gestes menaçans de Gaillard, sur qui Challier enchérit encore et les commissaires laisse

rent terminer la séance par ces ripostes scanda leuses. La discussion, renvoyée au lendemain, s'ouvrit par la répétition des invectives de la veille : il entroit dans la tactique des conjurés, de lasser ainsi la résistance des opposans; ceux-ci ne pouvoient l'emporter sur une majorité très-décidée à toutes les infâmies: elle adopta l'atroce ouvrage des commissaires.

Sous le titre imposant des corps administra tifs, etc. cet arrêté portoit, indépendamment des révoltantes dispositions dont je viens de parler, que les six millions seroient exigés par mandats impératifs en 24 heures, sur la taxe arbitraire de l'infâme comité de salut public, qui en auroit l'emploi. Tous les fonds, comme tous les pouvoirs de la tyrannie, furent dès-lors concentrés dans cette effroyable autorité, que Dubois-Crancé recomposa suivant ses vues. Par cet arrêté, les étrangers se trouverent encore proscrits, les bons citoyens, furent désarmés, et les bandits, munis de fusils et de piques, au gré du comité. S'il n'en résulta pas en même-temps l'installation du tribunal révolutionnaire, du moins les députés choisis pour aller porter à la convention, ces résolutions effroyables, furent chargés expressément de lui demander son approbation pour ce tri

bunal de sang, déja clandestinement préparé. Cette approbation nécessaire, pour n'avoir au cune entrave dans les exécutions préméditées, étoit déja demandée, depuis le 8 mai, dans la jacobiniere de Paris, par un envoyé du club, qui, en insistant sur cet objet de sa mission, annonçoit qu'en attendant l'autorisation conventionnelle, le tribunal seroit provisoirement installé, et qu'une armée révolutionnaire seroit placée derriere les juges, pour légaliser leurs opérations (1).

Ne nous étonnons pas si cet envoyé, qui, le 8 mai, parloit aux Jacobins, de cette armée comme existante, quoiqu'on n'en ait décidé la formation que le 14, six jours après, parut aussi précoce qu'affirmatif, dans l'annonce qu'il en faisoit. Il n'avoit été député par le club central, qu'après une séance où, Dubois - Crancé, étoit venu, comme particulier, avant sa mission, faire espérer cet épouvantable rassemblement de voleurs et d'assassins. Ce n'étoit pas sans dessein qu'il avoit formé cette troupe; l'on peut conjecturer ses intentions, quand on sait que, dans cette assemblée des corps administratifs dont je viens de parler, il voulut que le comité de salut public.

(1) Séance des Jacobins, 8 mai.

recomposé à sa maniere, et formé de gens dévoués à ses caprices, eût seul le commandement des quatre mille neuf cents bandits, sans que le pouvoir exécutif lui-même pût jamais leur donner aucun ordre, ni les employer hors de la circonscription du département (1).

La puissance conventionnelle s'est élevée dans la suite contre plusieurs abus de pouvoir; comment, dans ce réveil de la justice, ces quatre commissaires se sont-ils trouvé investis d'impunité? Ne sont-ils donc pas assez coupables, les visirs inhumains qui, par ce monstrueux arrêté, enfanterent la plupart des maux auxquels Lyon doit sa ruine? En cela, du reste, ils marchoient d'accord avec la municipalité de Paris qui, presqu'à la même heure (16 mai), appelloit les principaux scélérats des sections, pour taxer les ci

(1) Ces particularités sont consignées dans une déclaration, en forme de procès-verbal, rédigé le 14 mai, par Louis Matheron, l'un des administrateurs du district, et substitut du procureur-syndic. H. et P. No. LXXXI. Le co mité de salut public, suivant sa nouvelle organisation, fut composé de Achard et Maillan, administrateurs du département; de Machabeo, cadet, et Thonion, administrateurs du district; de Richard et Roch, officiers-municipaux; de Gauthier, notable.

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