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son jage pour lui faire des révélations, au début desquels il resta, en disant avec douleur ; « qu'on " renverseroit le trône, après avoir renversé • l'autel (1) 9.

Vers le commencement de novembre suivant, l'exécution du décret, portant suppression des chapitres, excita les protestations de celui des comtes de St. Jean de Lyon, dont l'antiquité et la noblesse étoient si connues; mais ces protestations, dont les collégiales de la ville se firent l'écho, ne furent que de, vains sons, contre la puissance qui détruisoit ces corporations.

Ce qui causa plus de rumeur, vers le même temps, ce fut la découverte qu'on fit, d'un projet de contre-révolution, dont cette ville étoit le foyer et le centre. Les dispositions avoient été déja faites pour que le peuple se portât en foule vers l'Hôtel-de-Ville, et forçât la municipalité de faire, au comte d'Artois et au prince de Condé, un appel

(1) La crainte d'obtenir, par ces déclarations, la connoissance de coupables trop puissans, donna au juge un embarras qui ferma la bouche au déclarant. J'ai dû conserver ce trait, parce que je reste scul des quatre personnes qui en ont été les témoins. Le juge, le prêtre et l'exécuteur ont péri sous la guillotine.

qu'ils attendoient à la cour de Turin, pour se jetter aussi-tôt dans Lyon. Quatorze mille hommes de troupes de ligne, dispersés dans les environs, devoient seconder l'entreprise; la plupart des gentilshommes d'Auvergne étoient déja venus, en armes, pour la même fin. Des pamphlets répandus avec profusion parmi le peuple, lui faisoient déja souhaiter que la cour de France abandonnât Paris, pour venir se réfugier à Lyon. Tout étoit arrangé de maniere à promettre la réussite; l'impulsion même avoit été donnée: lorsqu'une défense inopinée du roi et de la reine, vint déconcerter le projet, et livrer par-là, aux fureurs des patriotes, ses auteurs déja mis en évidence. On arrêta comme tels, Guillin, ancien échevin et jurisconsulte, le marquis d'Escar, le comte d'Egrigny et le chevalier Terrasse de Tessonnet, qui organisoient cette espece de contrerévolution. Ils furent conduits, enchaînés à Paris, où, après huit mois de captivité, ils ont trouvé leur salut dans l'amnistie que produisit l'acceptation de la premiere charte constitutionnelle.

Quel fut, en cette affaire, le motif du roi pour exposer ainsi, par une opposition tardive, les plus dévoués partisans de son ancien pouvoir ? Etoitce fidélité à la constitution, dont il avoit déja

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sanctionné quelques articles; ou craignoit-il que cette secousse si favorable à son autorité, ne communiquât des commotions terribles au reste de la France? Ou bien encore, est-il vrai, comme on le disoit alors, que cette défense lui avoit été dictée par une reine superbe, qui ne vouloit pas que le roi dût à son frere, le rétablissement de sa puissance?

Les invectives que ce complot occasionna, de la part des ennemis de Louis XVI, furent avidement recueillies et répétées, dans un journal patriotique, qui, depuis plusieurs mois, sous le titre de Courier de Lyon, faisoit le même office que celui des Brissot, des Gorsas à Paris. On y lisoit des déclamations animées du même esprit, et des provocations marquées au même coin. Ce journal, qui se soutint, sans le secours de ses abonnés, dont le nombre fut toujours très-petit, paroissoit sous le nom de l'avocat Champagneux, dit de Rosieres, dauphinois de naissance, pour qui Rolland devint ensuite un Mécene. Je n'oserai pas affirmer que c'étoit la faction, à laquelle celui-ci vendoit ses services, qui encourageoit alors ce libelle périodique; mais je remarquerai que, deux ans après, on a reproché, non sans fondement, aux successeurs de Cham

pagneux, d'être payés par les rollandins (1):

Le successeur de Champagneux fut un prêtre, sorti de la congrégation des Doctrinaires, nommé Laussel, qui devint ensuite l'ami de Challier et le protégé de Marat. Arrivé de Gascogne, quelque temps auparavant, il avoit surpris la confiance du conseil de l'archevêque de Lyon, qui ne tarda pas à l'expulser du poste où il l'avoit placé. Repoussé avec mépris de tout le monde, cet homme, vivant avec une fille qu'il appelloit sa secur, et qu'il épousa, deux ans après, sur la place même des Terreaux, pour donner authentiquement le scandale nouveau du sacrilege et de l'inceste réunis : cet homme abominable déshonoroit la révolution par ses écrits, comme il avoit déshonoré son état par ses mœurs. Rien de plus incendiaire, de plus altéré de sang, de plus dégoûtant d'ordures, que les feuilles du journal

(1) Il avoit pour collaborateur, un ministre des protes tans de Lyon, Frossard, confident intime et coopérateur zélé de Rolland, associé et correspondant de la funeste société des Amis des Noirs, en Angleterre des ouvrages de laquelle il venoit de répandre une traduction compilatoire, sous un titre nouveau, qui déféroit la cause des Noirs au tribunal de la raison, de la morale et de la religion.

qu'il donnoit, sous le nom de Carrier, qui en étoit l'entrepreneur. C'étoit chaque jour, une nouvelle invitation au meurtre; il ne parloit que ‹‹ d'éven"trer de livrer les cadavres aux sinistres cor,, beaux de mettre les boyaux en bandouillere: " de boire dans les crânes. En désignant les personnes qu'il vouloit immoler, il crioit sans cesse: Des piques! citoyens, des piques; marquant, par des points d'admiration renversés, l'usage qu'il falloit en faire. Ces signes ¡¡¡¡, qu'il multiplioit, indiquoient assez visiblement qu'elles serviroient à porter les têtes qu'il vouloit faire abattre.

C'étoit un prêtre apostat qui pressoit le peuple de se munir de piques; et c'étoit un autre prêtre renégat qui travailloit le plus efficacement à remplir les vœux de Laussel. Un bas normand, nommé Bottin, qui depuis plusieurs années, s'étoit emparé, par permutation, de la cure de St. Just, rassembloit, en un club, les crapuleux ouvriers et les nombreuses mégeres, dont sa paroisse abondoit. Là, après plusieurs exhortations incendiaires, il fit à ces femmes, une distribution de piques, pour la fabrication desquelles il n'avoit pas rougi de quêter des fonds, auprès des gens même contre qui elles devoient servir,

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