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éclore sur la plupart des visages, n'hésitoit plus à livrer ses projets, comme ses actions, aux suffrages de l'assemblée. Il ne faut pas, pas, disoit-il, " qu'il reste à Lyon, d'habitations pour plus de ⚫ trente mille individus; encore peut-être ne fautil pas les y laisser, car la pensée des ennemis de la république se portera toujours avec com" plaisanceivers elles, comme vers un point éter,, nel de ralliement pour le brigandage royal et " pour les conspirateurs de l'intérieur.

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Le succès de Collot fut complet; l'assemblée, par un décret solemnel, l'approuva dans ses plans pour l'avenir, comme dans sa conduite pour le passé; et elle fit rechercher ses dénonciateurs pour les punir. Quel triomphe pour les Jacobins, de qui il avouoit avoir reçu sa mission ". Il alla de suite le partager avec eux. J'ai fait ap"prouver la mort des traîtres, leur disoit-il; si ,, j'eusse dit les faits d'abord, je n'en fusse pas " venu à bout.... On demandoit s'ils étoient morts du premier coup. Eh! Challier est-il mort du premier coup? Nous en avons fait , foudroyer. deux cents d'une seule fois; eh!

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ne sait-on pas que c'est une marque de sen"sibilité? Lorsqu'on guillotine vingt coupables, le dernier exécuté meurt vingt fois, tan

dis que ces deux cents conspirateurs périssent ,, ensemble (1) 99.

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Ce qui constituoit la sensibilité de Collot, faisoit la grandeur et la joie de Fouché qui, de Lyon, lui mandoit en même temps, à l'occasion de la prise de Toulon : Anéantissons d'un seul coup tous les traîtres, pour nous épargner ,, le long supplice de les punir en rois. Exerçons ,, la justice, à l'exemple de la nature : frappons ›› comme la foudre; et que la cendre même de nos ennemis disparoisse du sol de la liberté.... Les larmes de la joie coulent de mes yeux': ,, elles inondent mon ame..... Nous n'avons , qu'une maniere de célébrer la victoire nous envoyons ce soir, deux cent treize rebelles sous , le feu de la foudre (2) ".

Ce fut alors un déchaînement effréné de massacres et de destructions. Collot, qui pour l'animer plus efficacement, restoit au comité de salut public, vouloit que ce fût comme une tempête irrésistible, et qu'on se gardât bien d'admettre aucune idée de modération (3). Son collegue Fou

(1) Séance des Jacobins, du premier nivôse ( 21 déc. ). (2) Séance de la convention, du 4 nivôse ( 24 décem.) (3) Séance des Jacobins, 3 nivôse ( 23 décembre).

ché, resté parmi les organisateurs du chaos et du carnage, secondoit horriblement ses vues.

Quelle personne honnête peut se dérober à leur fureur meurtriere? Avoir des rentes sur l'état, est un crime capital. Quiconque passe pour riche, marche à la guillotine. Tout individu qui n'a pas refusé de contribuer aux frais du siege, est condamné à la mort. Tous ceux qui porterent le titre de noble, ou remplirent quelques fonctions sous les régimes précédens, sont envoyés au supplice. Tous les prêtres, assermentés, ou non, sont immolés. Des ouvriers, des petits marchands, des commis-négocians partagent la même destinée. Tel pompier perd la vie, pour avoir éteint l'incendie des bombes de Dubois-Crancé; tel cabaretier, pour avoir refusé d'enivrer des clubistes; tel maréchal, pour avoir ferré les chevaux des assiégés; tel homme, pour avoir été simplement le domestique de Précy, ou de Virieu. Tous ceux qui, l'hiver précédent, concoururent à la dévastation du club central, tous ceux qui participerent à la victoire du 29 mai, sont fusillés, ou guillotinés. Les dix-sept ans et le sexe de Marie Adrian, qui montra tant de courage dans l'artillerie lyonnoise, n'empêchent pas les monstres de la frapper. Ils n'épargneront pas da

vantage la jeune, et non moins martiale Loliere (1), que du moins sa figure intéressante eût dû sauver. Un même jour voit tomber la tête de douze autres femmes, vierges, ou meres de famille, accusées d'être contre - révolutionnaires. Nulle religieuse ne peut échapper àu même sort. Celles qui le fuyoient, sont ramenées et périssent avec les personnes qui les ont secondées dans leur fuite. De simples marchandes de poissons, de pauvres revendeuses sont sacrifiées pour avoir manqué de respect aux patriotes. Des vieillards que l'âge et d'anciennes infirmités devoient exempter de toute accusation, sont portés sur l'échafaud, comme agens de la contre-révolution. Des étrangers même qui ne font que passer dans cette nouvelle Tauride, sont pris comme suspects, et condamnés comme fédéralistes. Quinze citoyens estimables, envoyés de Bourg-en-Bresse, sous

(1) Elle étoit l'épouse d'un papetier, nommé Cochet. Adrian étoit une simple couturiere. Jeunes amazones de mon pays, émules de la célebre libératrice d'Orléans, et de la France, vous qui partageâtes les exploits des Lyonnois: vous avez acquis trop de gloire pour ne pas avoir leur sort. Les héroïnes françaises ne peuvent-elles donc être vaincues que par des bourreaux et des supplices?

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prétexte qu'il n'y avoit plus de place dans les prisons de cette ville, sont conduits à la mort, presqu'à l'instant qu'ils arrivent (1). On semble craindre que la population de Lyon ne fournisse pas assez à cette avide soif du carnage. Les campagnes sont parcourues par des émissaires qui en amenent les habitans les plus probes. Des cultivateurs, dont les sueurs honorables ont jusques-là fécondé la terre, viennent arroser de leur sang, le lieu des exécutions. Envoyez,, nous des victimes, écrivoient sans cesse les égorgeurs à leurs explorateurs sanguinaires (2).

Tous ceux qui, dans le département de la Loire, étoient dévolus à la commission de Feurs,

(1) Le nommé Merle, de Bourg-en-Bresse, remplissant à Lyon, les fonctions d'accusateur public, écrivoit aux Jacobins de son pays : Envoyez-moi donc vos détenus; vous , oubliez que la guillotine les attend. (Voyez Rapport sur les papiers de Robespierre, par Courtois, pag. 295).

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(2) Un de ces émissaires, nommé Fontanel, alors commissaire national du district, alloit chez l'habitant aisé des campagnes, lui demandoit un dîner fraternel, après lequel il appelloit ses satellites, faisoit arrêter son hôte, et l'envoyoit à Lyon, où celui-ci ne tardoit pas de perdre la vie. Fontanel, maître du domicile, n'y faisoit apposer le scellé qu'après avoir satisfait sa rapacité : il appelloit cela : faire des incursions patriotiques.

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