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le 7 octobre 1769; elles lui parurent très élevées et couvertes de bois. Au moment de la découverte, la latitude du vaisseau était de 6d 57 sud, et sa longitude estimée de 1524 28 à l'orient de Paris: mais cette longitude corrigée sur celle de la nouvelle Zélande, déterminée par le capitaine Cook, et où Surville aborda par la suite,, devait être de 153a 45′′ au point de son atterrage, qui est de quelques lieues seulement dans le nord-ouest de son port Praslin.

Il longea la côte dans la direction de l'estsud-est, et trouva un port formé par un assemblage d'isles, où il mouilla, et qu'il nomma port Praslin. Il avait rencontré sur sa route, depuis son atterrage jusqu'à ce port, un grand nombre de petites isles qui paraissaient, à la première vue, faire partie du continent, mais qu'il reconnut ensuite pour être des isles distantes d'environ trois lieues de la grande terre'; le vendredi 13, il mouilla dans le port Praslin, dont il nous a donné un plan * : les isles qui le forment sont couvertes d'arbres, et la haute mer inonde ces terres en partie.

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Les naturels du pays annoncèrent une grande défiance; et après avoir fait entendre

On peut voir les différentes vues de ces côtes telles qu'elles furent dessinées de dessus le vaisseau, et le journal entier de Surville, dans les Découvertes des Français en 1768 et 1769 dans le sud-est de la nouvelle Guinée, etc. Paris, imprimerie royale, 1790. (N. D. R.)

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Ibid.

par signes qu'on pouvait faire de l'eau à un éndroit qu'ils indiquaient dans le fond du port, its y attirerent les Français pour les faire tomber dans une embuscade. Il y un combat assez vif, lorsque les gens de Surville se rembarquèrent dans leurs canots; plusieurs furent blessés; et on fut obligé de tuer trente ou quarante sauvages.

Les peuples qui habitent ces terres sont en général de l'espèce des negres; ils ont les cheveux laineux et noirs, le nez épaté, et de grosses levres. Ils poudrent leur tête avec de la chaux, qui, sans doute, brûle leurs cheveux, et les fait paraître roux : l'usage de se poudrer a été aussi observé par M. de Bougainville parmi le peuple qui habite la baie de Choiseul à la côte occidentale-septentrionale de ces mêmes terres. Ils ont pour ornemens des bracelets de coquillages; ils portent des coquilles entières autour du cou, et dés ceintures de dents d'hommes (sans doute celles de leurs ennemis qu'ils ont faits prisonniers à la guerre); la plupart ont les oreilles et le cartilage du nez percés d'un grand trou, et y portent des paquets de fleurs. Leurs armes sont des lances de huit à neuf pieds de longueur, des massues ou casse-têtes de même matière, des arcs et des flèches de roseaux, de quarante ou quarante-quatre pouces de long, dont la pointe est armée d'un os tranchant: ils portent un bouclier fait de joncs et d'écorce d'arbre, de deux ou trois pieds de long sur un de largeur. Leurs pirogues sont très-légères,

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et ont depuis quinze et vingt-cinq jusqu'à soixante-cinq pieds de longueur. Les coutures en sont recouvertes d'une espèce de brai out mastic qui les rend impénétrables à l'eau.

Surville ne put obtenir aucun rafraîchissement de ces peuples. Il s'empara seulement d'un jeune sauvage de treize à quatorze ans, qu'il destina à lui servir d'interprète dans la suite de ses découvertes.

Il quitta le port Praslin le 21 octobre, et continua de naviguer le long de ces terres, vers l'est-sud-est, et ensuite vers le sud-est. Dans plusieurs endroits, il perdait de vue la côte, et n'appercevait aucune terre au-delà dans ces intervalles. Il en conclut, avec fondement, que ces ouvertures ou lacunes indiquent ou des baies, des golfes très-profonds, ou des canaux qui, divisant ces terres en plusieurs isles, en forment un archipel. Plusieurs pirogues, sur sa route, se détachèrent de la côte et vinrent à son bord. Il fit quelques petits présens aux sauvages qui les montaient; mais par-tout il trouva des marques de la plus grande défiance. Ces peuples sont grands voleurs, comme tous les habitans des isles du grand Océan équatorial.

Surville observa que le jeune Indien qu'il avait amené du port Praslin, ne pouvait se faire entendre des habitans de la côte; qu'il en avait même grande frayeur : ce qui fit juger à Surville que ces terres sont fort étendues, et que les peuples des différentes isles de cet archipel n'ont de communication entre eux que pour se faire la guerre.

Quand il fut parvenu à l'isle qu'il nomma de la Contrariété, située à environ 4d et demi à l'est et 2d au sud du port Praslin', il trouva des peuples semblables à ceux de ce port; hommes robustes, absolument nus, de la taille de cinq pieds à cinq pieds et demi, ayant les cheveux laineux, et les poudrant avec de la chaux mêmes ornemens, mêmes armes. Ceuxci montèrent à bord avec hardiesse, acceptèrent tout ce qu'on leur donna, et tâchaient de voler ce qu'on ne leur donnait pas. Le pays, dans cette partie, parut très-agréable; et l'odeur des plantes aromatiques, qui parvenait jusqu'au vaisseau, fit regretter à Surville de ne pouvoir aborder dans un golfe qu'il suppose à l'ouest des isles qu'il a nommées les trois Sœurs.

· Lorsqu'il fut parvenu à 11d7 de latitude sud et à 159d à l'orient de Paris, il découvrit un gros cap précédé de deux petites isles, et, de ce point, il voyait les terres s'étendre et fuir dans l'ouest et le sud-ouest. Comme il n'en apperçut plus aucune au-delà de ce cap, et qu'il était pressé de trouver une mer libre, il nomma les isles qu'il voyait, isles de la Délivrance, et le cap, cap oriental des Arsacides. Le 8 novembre, il avait perdu toute terre de vue.

Tel est le précis de la découverte de Surville, à laquelle se lie une terre vue par M. de Bougainville, qui est la partie nord-ouest de la terre des Arsacides. Voyez son Voyage, page 264 et suivantes.

On doit consulter aussi la relation que Figueroa nous a donnée * des découvertes de Mendana dans son premier voyage, en 1567. Il y a tout lieu de penser, d'après des com binaisons et des rapprochemens multipliés, que les isles Salomon, découvertes à cette époque par Mendana, sont les mêmes qui ont été retrouvées par Surville en 1769.

M. de, la Pérouse trouvera dans la collection de cartes manuscrites qui lui a été remise, une carte des découvertes modernes dans cette partie, sur laquelle on a essayé de figurer les découvertes de Mendana, telles qu'on peut les tracer d'après les descriptions données par Figueroa, Herrera, et autres historiens espagnols, qui ne sont point d'accord entre eux sur l'étendue particulière des différentes isles, ni sur leurs positions relatives: mais il suffisait de montrer l'identité présumée des découvertes de Mendana et de celles de Surville; et l'on est persuadé que les recherches

Voyez Echos de D. Garcia Hurtado de Mendoza, quarto Marquez de Cannete, per Christoval Suarez de Figueroa; en Madrid, 1613. — Historical Collection de Dalrymple, tome I, page 176. Découvertes dans la mer du Sud, traduites de l'anglais, par Fréville, page 89.

N. B. Il s'est glissé beaucoup de fautes dans la tras duction que M. Fréville a donnée, d'après M. Dalrymple, de la relation de Figueroa. Il est nécessaire de corriger les suivantes;

Page 92, ligne 5, par en bas, quatre lieues, lisez quatorze.
Page 94,
par en bas, nord-ouest-est-sud-est, lisez nord-
Ouest et sud-est.

Page 102, ligne 10, le 3 juin, lisez le 13..

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