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bien signer deux copies de ce projet, qui seront aussi signées de moi; il en gardera une, et moi l'autre : ce sera une preuve de l'engagement qu'il contractera envers le public, de se charger des expériences qui peuvent tourner à l'avantage de la navigation; du moins elles sont proposées dans cette intention,

A Rambouillet, ce 19 mai 1785. Signé, TESSIER et LA PÉROUSE.

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MÉMOIRE

Pour diriger le jardinier dans les travaux de son voyage autour du monde; par M. Thouin, premier jardinier du jardin des plantes.

LA mission du jardinier qui accompagnera M. de la Pérouse dans son expédition, ayant pour but de porter aux habitans des lieux qu'il va parcourir, les productions végétales de l'Europe qui peuvent leur être utiles, et de rapporter de ces divers pays les végétaux propres à enrichir l'Europe, nous croyons devoir diviser ce mémoire en deux parties, qui traiteront chacune des objets qui ont rapport à ce double motif d'utilité.

PREMIÈRE PARTIE.

Choix, nature et culture des végétaux qu'on transportera de France.

DE tous les présens que la munificence du roi veut faire aux habitans des pays nouvellement découverts, les végétaux utiles à la nourriture des hommes sont, sans contredit, ceux qui leur procureront les biens les plus durables, et les plus propres à augmenter leur bonheur.

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Le choix de ces végétaux doit être fait parmi nos plantes légumières, et nos arbres fruitiers les plus intéressans les légumes et les fruits qui n'ont besoin d'aucune prépara tion pour être propres à la nourriture des hommes, doivent tenir le premier rång ; et ceux qui n'ont besoin que d'être cuits à sec pour deveni mangeables, doivent être mis au second. C'est à quor doivent se borner les présens qu'on peut faire à des peuples' qui, n'ayant point de vaisseaux propres à la cuisson des alimens dans les fluides, ne feraient aucun usage des légumes et des fruits qui exigent cette préparation pour être C'est d'après ces considérations que nous avons formé les listes qui terminent ce mémoire. On doit encore observer, pour diminuer les frais d'acquisition, de ne pas emporter les semences des variétés de légumes qui ne se conservent que par une culture soignée et délicate. Ces graines, livrées à elles-mêmes dans des climats si différens de ceux de leur naissance, ou tout au plus abandonnées à une culture grossière, rentreraient bientôt dans leurs espèces primitives, et ne feraient' que des doubles emplois, onéreux au transport.

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Le choix arrêté, il convient de déterminer en quelle nature il sera plus profitable de faire ces transports de végétaux.

Il n'est pas douteux que la voie des se mences, en même temps qu'elle est la moins dispendieuse pour les acquisitions, la plus facile pour le transport, est encore la plus sûre,

en général, pour multiplier les productions d'un climat dans un autre; mais elle exige du choix dans les graines, des attentions pour leur conservation pendant le voyage, et des soins pour les semer avec fruit dans les différens lieux auxquels on les destine.

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On apportera la plus scrupuleuse attention pour n'acquérir que des semences de la dernière récolte, qui auront été bien aoûtées et qui seront parfaitement saines celles qui se trouveraient ridées, ou piquées par des insectes, seront soigneusement exclues, non seulement comme inutiles, mais même comme nuisibles à la conservation des autres.

Ces semences ainsi choisies seront divisées en deux parties: la première comprendra toutes celles qui n'ont besoin que d'être abritées du contact de l'air et de l'humidité pour se conserver jusqu'à leur destination; la deuxième sera composée de toutes les graines qu'il sera nécessaire d'ensabler ou de mettre en terre pour conserver leur propriété germinative, telles que les noyaux de nos arbres fruitiers, les semences de plusieurs plantes de la famille des ombellifères, etc.

Les premières doivent être renfermées dans, des sacs de papier gris, et ensuite mises dans des boîtes de fer-blanc, soudées le plus hermétiquement possible; les secondes seront mises, lits par lits, avec de la terre ou du sable, dans des boîtes de fer-blanc, qu'on fermera ensuite très-exactement.

Ces différentes boîtes, ainsi scellées, doivent

être renfermées dans des caisses solides, qu'on recouvrira de toile cirée; elles doivent être placées dans l'endroit du vaisseau le moins accessible à l'humidité, et le plus abrité de l'extrême chaleur comme du très-grand froid: on les y laissera, sans être ouvertes, jusqu'à l'époque où il sera à propos de semer les graines.

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Comme il est probable que les semis n'auront pas un seul lieu pour objet, et qu'il est à présumer que la nouvelle Zélande, les isles Sandwich, celles des Amis et de la Société, auront leur part de ces présens; pour éviter d'éventer des graines qui ne devront être semées qu'à des époques très-différentes, nous croyons qu'il serait convenable de diviser en quatre parties la totalité de cet assortiment de manière que chacune d'elles puisse être contenue dans une caisse qu'on n'ouvrira qu'à l'instant de les semer. Cela remédiera à un inconvénient qui serait très-préjudiciable aux

semeneés.

L'ordre étant absolument indispensable dans une collection de cette espèce, le jardinier aura l'attention d'écrire sur chaque paquet le nom de la graine qui y est renfermée, de les inscrire sur un registre, à mesure qu'il les emballera dans les boîtes de fer-blanc,"de numéroter ces boîtes relativement à son registre, et ensuite de les placer par ordre de numéros dans chacune des grandes caisses qui doivent contenir cet assortiment: au moyen de cela, il sera, en tout temps, à

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