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attend inutilement le retour de M. de la Pérouse ; et ceux qui s'intéressent à sa personne et à ses découvertes, n'ont aucune connaissance de son sort. Hélas! celui qu'ils soupçonnent est peut-être encore plus affreux que celui qu'il éprouve, et peut-être n'a-t-il échappé à la mort que pour être livré aux tourmens continuels d'un espoir toujours renaissant et toujours trompé; peut-être a-t-il échoué sur quelqu'une des isles de la mer du Sud, d'où il tend les bras vers sa patrie, et attend vainement un libérateur.

«

Ce n'est pas pour des objets frivoles, pour son avantage particulier, que M. de la Pérouse a bravé des périls de tous les genres; la nation généreuse qui devait recueillir le fruit de ses travaux, lui doit aussi son intérêt et ses

secours.

«

Déja nous avons appris la perte de plusieurs de ses compagnons, engloutis dans les ondes ou massacrés par les sauvages: soutenez l'espérance qui nous reste de recueillir ceux de nos frères qui ont échappé à la fureur des flots ou à la rage des cannibales; qu'ils reviennent sur nos bords, dussent-ils mourir de joie en embrassant cette terre libre..

La demande de la société d'histoire naturelle, accueillie avec le plus vif intérêt, fut suivie de près par la loi qui ordonna l'armement de deux frégates pour aller à la recherche de la Pérouse.

Les motifs d'après lesquels le décret fut rendu, les termes mêmes du rapport, font connaître l'intérêt tendre et touchant qu'inspiraient nos navigateurs, et l'empressement avec lequel, desirant les retrouver, on saisissait une simple lueur d'espérance, sans songer aux grands sacrifices que leur recherche exigeait :

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Depuis long-temps nos vœux appellent M. de la Pérouse, et les compagnons de son glorieux, trop vraisemblablement aussi de son infortuné voyage.

« La société des naturalistes de cette capitale est venue déchirer le voile que vous n'osiez soulever; le deuil qu'elle a annoncé est devenu universel; et vous avez paru accueillir avec transport l'idée qu'elle est venue vous offrir d'envoyer des bâtimens à la recherche de M. de la Pérouse. Vous avez ordonné à vos comités de marine, d'agriculture et de commerce, de vous présenter leurs vues sur

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un objet si intéressant le sentiment qui a semblé vous déterminer, a aussi dicté leur avis.

« Il nous reste à peine la consolation d'en douter; M. de la Pérouse a essuyé un grand malheur.

<< Nous ne pouvons raisonnablement espérer que ses vaisseaux sillonnent en ce moment la surface des mers: ou ce navigateur et ses compagnons ne sont plus; ou bien, jetés sur quelque plage affreuse, perdus dans l'immen sité des mers innaviguées, et confinés aux extrémités du monde, ils luttent peut-être contre le climat, contre les animaux, les hommes, la nature, et appellent à leur secours la patrie, qui ne peut que deviner leur malheur. Peut-être ont-ils échoué sur quelque côte inconnue, sur quelque rocher aride : là, s'ils ont pu trouver un peuple hospitalier, ils respirent, et vous implorent cependant; ou s'ils n'ont rencontré qu'une solitude, peutêtre des fruits sauvages, des coquillages entretiennent leur existence : fixés sur le rivage, leur vue s'égare au loin sur les mers, pour y découvrir la voile heureuse qui pourrait les rendre à la France, à leurs parens, à leurs amis.

« Réduits à embrasser une idée qui n'est peut-être qu'une consolante erreur, vous êtes portés sans doute comme nous à préférer cette conjecture à l'idée désespérante de leur perte: c'est celle qu'est venue vous présenter la société des naturalistes de Paris; c'est celle que déja M. de la Borde avait offerte à tous les cœurs sensibles, dans un mémoire lu à l'académie des sciences.

<«< Mais si cette idée vous touche, si elle vous frappe, vous ne pouvez plus dès-lors vous livrer à d'impuissans regrets : l'humanité le veut; il faut voler au secours de nos frères. Hélas! où les chercher? qui interroger sur leur sort? Peut-on explorer toutes les côtes sur une mer en quelque sorte inconnue ? peut-on toucher à toutes les isles de ces archipels immenses qui offrent tant de dangers aux navigateurs? peut-on visiter tous les golfes, pénétrer dans toutes les baies? ne peut-on pas même, en atterrissant à l'isłe qui les recélerait, aborder dans un point, et les laisser dans un autre ?

« Sans doute les difficultés sont grandes, le succès est plus qu'inespéré; mais le motif de l'entreprise est puissant. Il est possible que

nos frères malheureux nous tendent les bras, il n'est pas impossible que nous les rendions à leur patrie; et dès-lors il ne nous est plus permis de nous refuser à la tentative d'une recherche qui ne peut que nous honorer. Nous devons cet intérêt à des hommes qui se sont dévoués; nous le devons aux sciences, qui attendent le fruit de leurs recherches : et ce qui doit augmenter cet intérêt, c'est que M. de la Pérouse n'était pas de ces aventuriers qui provoquent de grandes entreprises, soit pour se faire par elles un nom fameux, soit pour les faire servir à leur fortune; il n'avait pas même ambitionné de commander l'expédition qui lui fut confiée; il eût voulu pouvoir s'y refuser; et lorsqu'il en accepta le commandement, ses amis savent qu'il ne fit que se résigner.

Heureusement nous savons la route qu'il faut suivre dans une aussi douloureuse recherche; heureusement nous pouvons remettre à ceux qui seront chargés de cette touchante mission, le fil conducteur du périlleux labyrinthe qu'ils auront à parcourir

<< La proposition d'une recherche que l'humanité commande, ne peut être portée à

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