Images de page
PDF
ePub

être provenus de bâtiment de construction française; qu'il n'a pas été à terre, mais que les naturels du pays sont venus à son bord; qu'il n'a pu comprendre leur langage, mais que par leurs signes il avait compris qu'un bâtiment avait abordé sur ces parages; que ces naturels connaissaient l'usage de plusieurs ouvrages en fer, dont ils étaient curieux; et que lui interrogé avait échangé plusieurs ferrailleries avec ces Indiens, contre des verroteries et des arcs : quant au caractère de ces Indiens, qu'ils lui avaient paru pacifiques', et plus instruits que les habitans de Taïti, puisqu'ils avaient une connaissance parfaite des ouvrages en fer; que leurs pirogues étaient supérieurement travaillées que lorsque les naturels du pays étaient à son bord, il n'avait encore eu aucune connaissance de ces débris, et qu'en longeant la côte, il les apperçut, à l'aide d'un grand feu allumé à terre, vers minuit dû 30 décembre 1791; que, sans ce

2

Ces Indiens caractérisés comme pacifiques attaquèrent les chaloupes que Bougainville avait envoyées à terre pour faire de l'eau, dès qu'elles furent entrées dans la baie de Choiseul. (N. D. R.)

2

Il est sans doute surprenant que les débris vus par George Bowen, et assurés être ceux du vaisseau de

feu, il eût vraisemblablement fait côte sur les roches du cap Déception. Déclare l'interrogé que, dans toute cette partie de la côte de la nouvelle Géorgie, il a reconnu un grand nombre de cabanes ou cases; que ces Indiens étaient d'une stature robuste et d'un caractère doux, d'où il présume que si M. de la Pérouse ou quelques uns de son équipage sont à terre, ils existent encore'; et qu'il sait que de tous les bâtimens qui ont navigué dans ces parages, il n'y a eu que M. de Bougainville, l'Alexandre, Friendship de Londres, M. de la Pérouse et l'interrogé qui y aient été; qu'en conséquence il présume que ce sont les débris du bâtiment de M. de la Pérouse, puisque l'Alexandre a

la Pérouse, et de construction française, ce qui les suppose considérables et examinés de près et avec attention, ne se trouvent ici qu'apperçus, à minuit, à la clarté d'un feu allumé à terre. (N. D. R.)

I

Bougainville, obligé de repousser par la force l'attaque de ces Indiens, s'empara de deux de leurs pirogues, dans lesquelles il trouva, entre autres choses, une mâchoire d'homme à demi grillée, preuve évidente d'anthropophagie. (N. D. R.)

Le capitaine anglais ne donne plus comme une certitude que les débris apperçus soient ceux du vaisseau de la Pérouse; ce n'est plus qu'une simple présomption. (N. D. R.)..

été coulé bas dans le détroit de Macassa, et que Friendship est arrivé à port en Angleterre. Interrogé s'il avait vu sur les naturels du pays quelques hardes qui dénotassent qu'ils eussent communiqué avec des Européens, a répondu que ces Indiens étaient nus; que le climat est très-chaud, et que, par leurs signes, il avait reconnu qu'ils avaient antérieurement vu des vaisseaux; qu'il a apperçu en la possession de ces Indiens, des filets de pêche dont les fils étaient de lin, et dont la maille était de maind'œuvre européenne *; qu'il en a, par curiosité, pris un morceau, d'après lequel il serait facile de juger que la matière et la main-d'œuvre proviennent d'Europe.

»

Tels sont, jusqu'à ce jour, les seuls indices obtenus sur le sort de notre navigateur.

Des indices publics, toujours subsistans, de la route qu'il a parcourue et des lieux qu'il a visités, sont les médailles frappées à l'occasion, de son voyage, et laissées ou distribuées par la Pérouse pendant le secours de cette cam

* Bougainville trouva dans les pirogues qui tombèrent en son pouvoir, des filets à mailles très-fines, artistement tissus. Il est probable que leur perfection a induit George Bowen en erreur. (N. D. R.)

pagne. Il lui en avait été remis environ cent tant en argent qu'en bronze, et six cents autres de différentes espèces. Connaissant la route qui lui restait à parcourir, ces médailles pourront un jour nous indiquer à peu près en quel lieu son malheur l'a interrompue.

La médaille relative au voyage, devenue monument historique, et étant susceptible d'être retrouvée un jour par d'autres navigateurs, je ne puis m'empêcher de la faire connaître, quoique je n'aie pas cru devoir la faire graver: elle est, d'un côté, à l'effigie du roi, avec la légende ordinaire; le revers porte cette inscription, entourée de deux branches d'olivier nouées par un ruban :

Les frégates du roi de France, la Bous sole et l'Astrolabe, commandées pur MM. de la Pérouse et de Langle, parties du port de Brest en juin 1785.

Tant de précautions prises pour le succès et l'authenticité d'une grande expédition, les dépenses qu'elle occasionne, les peines et les malheurs qu'elle entraîne, feront mettre en doute par quelques hommes à prévention et à systême, si ces soins et ces peines sont

compensés par l'utilité réciproque que trouvent les peuples dans les voyages de découvertes. Quoique j'aie refusé moi-même de reconnaître comme un bienfait l'introduction des animaux domestiques ou de quelques plantes farineuses chez les sauvages, comparée aux maux qui résultent pour eux des notions fausses ou superficielles que nos principes leur suggèrent, et de la communication soudaine de nos mœurs et de nos usages; je dis qu'après leur avoir donné des connaissances isolées qu'ils ne savent étendre ni appliquer, des végétaux et des animaux qu'ils ne conservent ni ne perpétuent, les abandonner à eux-mêmes, c'est rendre vain le desir de connaître et de jouir qu'on a excité en eux, c'est faire leur malheur; mais que les élever par degrés pour les civiliser, en faire des peuplades policées avant d'en faire des peuples polis, et ne leur donner de nouveaux besoins et de nouveaux procédés qu'avec le moyen de pourvoir aux uns et de se servir utilement des autres, c'est préparer et assurer à leur génération les heureux résultats du développement des facultés humaines.

S'il peut résulter pour nous comme pour eux des inconvéniens de ces communications lorsque les rapports sont si différens, les grands

[ocr errors]
« PrécédentContinuer »