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mière Edition, j'avais promis au Public une exposition des principes généraux des Loix et du Gouvernement, et en quelque sorte l'Histoire des changemens que ces principes ont essuyés dans les différens âges et les divers périodes de la Société, soit par rapport aux Finances et aux Armées, soit par rapport à la Police et à tout ce qui est l'objet de la Législation proprement dite. J'ai exécuté cette promesse dans les Recherches sur la Nature et les Causes de la richesse des Nations, (1) du moins relativement à ce qui concerne la Police, les Finances et les Armées. Quant à la Théorie de la

(1) Cet Ouvrage en 5 volumes in-8°, traduit de l'Anglais, par A. ROUCHER, sur la quatrième et dernière édition anglaise, se trouve à Paris, chez F. BUISSON, libraire, rue Haute-Feuille, no. 20. Cette Traduction (qui est à la seconde édition) est augmentée d'une très ample Table analytique et raisonnée des Matières.

Jurisprudence, il ne m'a pas

été pos

sible jusqu'à présent de la donner au Public, par les mêmes raisons qui m'ont empêché de revoir la Théorie des Sentimens Moraux. Quoique mon âge ne me laisse plus qu'un faible espoir d'exécuter cet important Ouvrage comme je le conçois, n'en ayant pas abandonné le projet (et désirant faire à cet égard tout ce que je puis) j'ai laissé le paragraphe où je l'annonçais il y a trente ans, tel qu'il était lorsque je n'avais aucun doute de tenir toutes les promesses que je fesais au Public.

DES

SENTIMENS MORAUX.

PREMIÈRE PARTIE.

DE LA CONVENANCE

OU

CARACTÈRE PROPRE DE NOS ACTIONS.

SECTION PREMIÈRE.

DU SENTIMENT DE CETTE CONVENANCE.

CHAPITRE PREMIER.

De la Sympathie.

QUELQUE degré d'amour de soi qu'on puisse supposer à l'homme, il y a évidemment dans sa nature un principe d'intérêt pour ce qui arrive aux autres, qui lui rend leur bonheur nécessaire, lors même

qu'il n'en retire que le plaisir d'en être témoin. C'est ce principe qui produit la pitié ou la compassion et les diverses émotions que nous éprouvons pour les infortunes des autres, soit que nous les voyions de nos propres yeux, soit que nous nous les représentions avec force. Il est trop ordinaire de souffrir des souffrances des autres, pour qu'un pareil fait ait besoin de preuves. Ce sentiment, ainsi que les autres passions inhérentes à notre nature, ne se montre pas uniquement dans les hommes les plus humains et les plus vertueux, quoiqu'eux seuls, sans doute, l'éprouvent d'une manière délicate et profonde: il existe encore à quelque degré dans le cœur des plus grands scélérats, des hommes qui ont violé le plus audacieusement les loix de la société.

Aucune expérience immédiate ne nous apprenant ce que les autres hommes sentent, nous ne pouvons nous faire d'idée de la manière dont ils sont affectés, qu'en nous supposant nous-mêmes dans la situation où ils se trouvent. Qu'un de nos semblables soit sur la roue, nos sens ne nous instruiront jamais de ce qu'il souffre, tant que nous n'aurons pour nous-mêmes que l'idée du

bien-être. Nos sens ne nous portent et ne nous porteront jamais au-delà de notre propre personne; il n'y a que l'imagination qui nous fasse concevoir quelles sont les sensations de cet homme souffrant ; et l'imagination même ne peut faire naître en nous cette idée que parce qu'elle nous représente ce que nous éprouverions si nous étions à sa place. Elle nous montre alors les impressions que recevraient nos sens, et non celles dont les siens sont affectés. Elle nous met dans sa situation: nous nous sentons souffrir de ses tourmens, nous pénétrons, pour ainsi dire, en lui-même, nous ne fesons plus qu'un avec lui; et nous formant ainsi une idée de ses sensations, nous en éprouvons nous-mêmes qui, quoique plus faibles, sont en quelque chose semblables aux siennes. Ses souffrances, quand elles, nous sont ainsi devenues propres, commencent à nous affecter, et alors nous tremblons à la seule pensée de ce qu'il éprouve; comme la douleur ou l'infortune, de quelqu'espèce qu'elle soit, excite en nous une sensation pénible, la seule idée d'éprouver cette douleur ou cette infortune reproduit la même sensation, à proportion,

• car,

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