sans considération comme sans autorité. Aussi avons-nous vu que l'Église avait toujours exigé que les vicaires qui ne résidaient pas avec les curés, fussent perpétuels et inamovibles, et devinssent par là de vrais pasteurs ; tant elle est convaincue que, sans l'inamovibilité, les prêtres à charge d'âmes ne sauraient faire le bien. Du reste, ce ne seront pas les vicaires des desservans qui nous feront cette objection: ils n'ont que trop éprouvé combien l'amovibilité, en paralysant l'action et l'influence de leurs chefs, a paralysé les leurs et rendu leur ministère infructueux. On dit en second lieu : Les supérieurs ne sont pas infaillibles. Les choix sont souvent faits à contre-sens et de telle manière que l'éducation, le caractère, les talens même et toute la personne de l'élu, se trouvant en opposition directe avec les besoins des fidèles qui lui sont confiés, sa présence seule est une calamité pour la paroisse. Or, avec l'inamovibilité, le mal devient permanent et sans remède; tandis qu'avec un changement il serait très facile de rétablir l'ordre en mettant chaque chose à sa place. 1 Si vous croyez cette raison concluante, soyez conséquent: ôtez vite aux curés de canton leur inamovibilité; ôtez-la aux évêques eux-mêmes; car cet inconvénient s'applique aux curés de canton et aux évêques aussi bien qu'aux desservans et aux autres pasteurs d'âmes, et ceux qui nomment les uns ne sont pas plus infaillibles que ceux qui nomment les autres. Ne vous arrêtez pas en si beau chemin; accusez les conciles d'avoir erré dans leurs décisions, en établissant l'inamovibilité pour tous les pasteurs d'âmes; accusez toute l'Église de s'être trompée depuis les apôtres jusqu'à nous, en voulant que ses pasteurs de tous les degrés fussent irrévocables, et en flétrissant de ses anathèmes tous ceux qui ont tenté de les dépouiller de ce droit; car le même inconvénient s'applique encore aux temps anciens comme à notre époque, aux pays étrangers comme à la France. Vous n'oseriez admettre ces conséquences: renoncez donc de bonne grâce au principe qui les produit. Serait - ce seulement en France, et cela depuis 1802, qu'on serait dans la bonne voie ? Mais avec l'inamovibilité est-il donc impossible d'obvier à l'inconvénient dont on se plaint? Si un pasteur ne fait pas le bien dans sa paroisse, ne peut-on pas l'amener par la douceur et la raison à permuter avec un autre, et rétablir ainsi l'harmonie tant désirable? Et quel est le prêtre assez aveugle pour se refuser à un tel accord? N'est-ce pas ainsi qu'on en agissait autrefois, et cette conduite n'est-elle pas plus rationnelle, plus conciliante, plus conforme à l'esprit de l'Église, qu'un changement forcé et par là même toujours odieux ? ARTICLE TROISIÈME. Troisième cause de l'avilissement du pasteur rural: il est jugé et puni arbitrairement par son évêque. Nous retombons ici sur une question brûlante; c'est avec réserve que nous l'abordons, conduits par la pureté de nos intentions, et en protestant hautement que c'est du fond de nos entrailles, selon l'expression énergique de Bossuet, que nous tenons à l'autorité des évêques. Il n'y a rien au monde pour nous de plus incontestable, de plus utile, de plus nécessaire, de plus sacré que cette auguste autorité. Elle est le fondement de l'Église chrétienne, le soutien de la religion et peut-être l'espoir futur de la société qui croule de toute part et qu'elle pourra un jour relever de ses ruines. C'est la seule autorité encore intacte, la seule incontestée et par conséquent la seule forte et qui présente de l'avenir. Ils seraient donc bien coupables ceux qui chercheraient à l'affaiblir, et nous regardons comme un devoir sacré, en notre double qualité de prêtres et de citoyens, de la soutenir et de la défendre. C'est ce que nous avons l'intime conviction de faire en la dégageant de l'alliage impur de l'arbitraire dont elle n'a pas besoin, qui lui est étranger, qui seul peut l'affaiblir, et en la replaçant sur sa base naturelle et dans la vraie condition de sa force qui est la volonté de l'Eglise exprimée par ses lois. T Il est important de remarquer d'abord qu'il y a deux hommes dans le clerc : le citoyen et le prêtre. Il est très commun et toujours dangereux de les confondre. Comme citoyen le clerc n'est point distingué des autres membres de la société civile; il est soumis aux lois qui la régissent, et s'il les viole il doit être jugé et puni par les tribunaux chargés de les défendre et de les venger. Il serait sans doute fort important à la société |